Genre: édition biblique
Qui ? Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.)
Titre: Le Nouveau Testament commenté
Chez qui ? Bayard/Labor et Fides, 1246 p.

C’est un événement dans le monde de l’édition biblique. Pour la première fois, le public de langue française dispose d’un Nouveau Testament muni d’un commentaire intégral historique, littéraire et théologique, rédigé par des exégètes catholiques et protestants. L’exercice avait déjà été réalisé en anglais et en allemand. Il est salutaire, car il permet d’écarter non seulement toutes les lectures trop littérales du texte biblique, mais aussi les interprétations fantaisistes, tout en offrant à chaque lecteur la possibilité de se laisser inspirer par le souffle des 27 livres qui composent le Nouveau Testament.

Dix-neuf spécialistes du Nouveau Testament, provenant de Suisse, de France, de Belgique, du Québec et d’Italie, ont contribué à cet ouvrage, publié par un éditeur protestant – Labor et Fides à Genève – et un éditeur catholique – Bayard à Paris. La Traduction œcuménique de la Bible (TOB), parue pour la première fois en 1975-1976 et dont une nouvelle édition a été publiée en 2010, a servi de référence.

Chaque livre du Nouveau Testament est précédé d’une brève introduction qui le situe dans le contexte historique et religieux où il a vu le jour, et qui donne des indications sur l’auteur, le genre littéraire, le contenu et la trame narrative. Des références bibliographiques sont fournies qui permettent d’approfondir les pistes dégagées. Ensuite, le texte est découpé en segments signalés par une barre verticale rouge. Le commentaire suit, et parfois un complément d’information théologique, historique ou littéraire, signalé par une flèche horizontale rouge.

Chacun des dix-neuf exégètes a pris en charge un ou plusieurs livres du Nouveau Testament et porte la responsabilité de sa lecture et de son interprétation. Les spécialistes ont été attentifs à préciser la signification de certains termes délicats. Par exemple, Jean Zumstein, qui s’est occupé de l’Evangile selon Jean, explique «que le terme «les Juifs» est sujet à controverse depuis que «l’holocauste» a appris au lecteur que le Nouveau Testament pouvait nourrir l’antijudaïsme, voire l’antisémitisme.» Le terme «les Juifs» est à comprendre dans le sens d’une image littéraire, d’un «élément dramatique», qui «n’autorise aucune déduction historique immédiate» et qui «n’a pas de signification uniforme dans l’ensemble de l’Evangile».

De même, les exégètes ont cherché à démontrer l’actualité spirituelle des textes qui constituent le Nouveau Testament. Daniel Marguerat et Emmanuelle Steffek proposent par exemple un commentaire intéressant des Béatitudes, célèbre passage de l’Evangile de Luc. Ne sont-elles pas l’opium du peuple, une forme de manipulation religieuse? En effet, promettre le bonheur pour la fin des temps, c’est un exercice qui peut paraître facile. «N’est-ce pas endormir les consciences pour faire perdurer les malheurs présents?» écrivent les exégètes, avant de souligner que les Béatitudes «tracent aux déshérités du monde la voie d’un bonheur paradoxal, mais à vivre maintenant. Savoir que Dieu se solidarise dès aujourd’hui de ceux que méprise la société ouvre un programme d’action plutôt qu’il n’endort les consciences. Cette contestation des pouvoirs dominateurs et des bonheurs standardisés fait savoir dès aujourd’hui que l’ultime parole sur ce monde n’appartient pas à ceux qui font l’actualité, mais à ceux et celles dont Dieu se fait le protecteur.»