Depuis 1996, Pully se met tous les deux ans au diapason des chansons québécoises. Depuis, le festival a revêtu l'appellation «Pully-Lavaux à l'heure du Québec» et empiété sur plusieurs communes avoisinantes. Désormais, il va jusqu'à Monthey. Parmi les émissaires de la Belle Province dépêchés pour cette sixième édition - qui a débuté le 2 juin avec Chloé Sainte-Marie, une ode collective à l'Acadie et l'intrus romand de la programmation Thierry Romanens - on retrouve notamment Robert Charlebois et Richard Desjardins.

Deux figures «historiques» de la chanson québécoise dont l'ombre épaisse plane encore parfois sur les voix de la nouvelle génération. Charlebois, venu en 2004 déjà, se produit cette année dans un projet plus rock'n'roll et psychédélique. Un retour aux sources pour celui qui ouvrait jadis les feux pour Zappa. Autre figure tutélaire de la chanson québécoise, Richard Desjardins revient toujours aussi vert. Depuis 1985 et ses débuts en chanteur solo, le conteur hors pair alterne lyrisme, faconde drôle et militantisme humaniste et écologique avec une maestria aussi originale que détonante.

Au cœur de la Biennale vaudoise auront encore défilé d'ici à samedi prochain Charles Dubé, Florent Vollant, Isabelle Roy, Amélie Veille ou l'énergique groupe Suroït. Alors que parmi la jeune génération plus pop, ce sont l'élégant dandy aux spectacles déconcertants de poésie et de théâtralité, Pierre Lapointe, et la sensible pianiste-vocaliste Catherine Major qui sont à découvrir absolument. Tous deux incarnent à merveille le souffle rafraîchissant d'une nouvelle scène nourrie au pop-rock et dotée d'un sens inné du spectacle. Petite galerie de quelques valeurs montantes qui font ou non escale à Pully-Lavaux à l'heure du Québec.

Qu'ils se nomment Pierre Lapointe, Catherine Major, Ariane Moffatt, Dumas, Dobacaraco, Marie-Jo Thério, Malajube, Yann Perreau ou Cowboys Fringants, ils ont tous la particularité de ne point être d'incurables nostalgiques de Félix Leclerc et Gilles Vigneault. La plupart ont entre 25 et 35 ans, ont grandi aux sons des classiques pop-rock, du hip-hop et du grunge davantage qu'à ceux de Charlebois ou du groupe Beau Dommage. Tandis que la diva décomplexée et barrée Diane Dufresne revient plus volontiers en bouche.

Dans le cas de Pierre Lapointe, dont les chansons versifiées «Le Colombarium» ou «La Reine Emilie» sont d'une belle préciosité, les références pop qui lui ont donné l'envie d'écrire sont Alain Bashung et Brigitte Fontaine; Barbara et Gainsbourg étant surtout des chocs musicaux de sa prime adolescence. Trempé de surréalisme et de modernisme, le répertoire théâtral et littéraire de Lapointe jouit au Québec d'une belle popularité. Aux FrancoFolies de Montréal l'été dernier, un concert supplémentaire avait dû être ajouté devant l'engouement que suscitait sa nouvelle création scénique sur des arrangements électroniques et contemporains. Auréolé du Prix Félix-Leclerc des jeunes talents, de nombreuses Victoires de la musique, son premier album raffiné a tôt fait de rafler la mise. Et Lapointe, venu à la chanson par le biais des arts visuels, de l'art dramatique, et se voyant «comme un punk faisant de la peinture», d'être désormais devenu l'un des chanteurs les plus eurocompatibles.

Tout comme Ariane Moffatt, la Björk-Emilie Simon électro-pop du Québec. Son deuxième album, Le Cœur dans la tête, tout comme son galop d'essai viennent de se voir distribuer en France, Suisse et Belgique. Révélée par la Star Academy version québécoise, elle vient de chanter deux semaines à Paris. Découverte d'abord sur «La bonne étoile» de M, sa voix filante et intimiste joue de velours dans des climats néofolk ralentis aux mélodies agiles et teintés parfois de jazz ou de reggae. Ce petit bout de jeune femme pétulante aime à citer Ben Harper, Tori Amos ou Nick Drake comme sources de référence pour ses mélancolies bénies. Sa voix, prodigieuse et nuancée, n'a rien à envier aux habituelles hurleuses de là-bas que sont les Dion et Boulay. Rien à voir pourtant, Moffatt charrie un véritable univers et d'authentiques histoires.

Conteuses habiles aussi mais dans un registre différent, les deux filles de Dobocaracol vagabondent au gré des langues et des rythmes. L'initial recueil de proverbes africains que Carole et Doriane ont d'abord mis en musique s'est retrouvé noyé trois ans plus tard dans un répertoire chantant hébreu, espagnol, brésilien, wolof. Sole, le deuxième album swinguant de cette paire de troubadours, l'une ex-championne de snowboard et l'autre chanteuse de rue, vient de paraître sous nos cieux et contient son lot de jolies ritournelles agréablement sensuelles.

Côté rock plus percutant, on citera encore les Cowboys Fringants, qui seront au Paléo cet été, et Dumas pour boucler la boucle d'une nouvelle scène québécoise en ébullition dont on découvre ici au compte-gouttes toute la richesse.

Festival Pully-Lavaux à l'heure du Québec. Jusqu'au 10 juin. Divers lieux et villes. Me 7: Desjardin à Pully. Je 8: Pierre Lapointe à Pully (loc. 021/721 36 20; rens. http://www.pully-quebec.ch).

A écouter: Pierre Lapointe, La Forêt des mal-aimés (Audiogram/ http://www.pierrelapointe.com); Ariane Moffatt, Le Cœur dans la tête (Audiogram/EMI); Dobacaraco, Soley (Disques Office).