Spectacles

Nouveaux paris vivifiants au Théâtre Saint-Gervais

Emilie Charriot, Karim Bel Kacem, Jean-Baptiste Roybon insuffleront leur jeunesse impérieuse à la maison genevoise. Ils côtoieront Claude-Inga Barbey, Doris Ittig, Oskar Gomez Mata, autant de baroudeurs de l’irrévérence. Le directeur des lieux, Philippe Macasdar, défend ses choix

S’il était entraîneur de football, sa grande passion, à l’Olympique de Marseille de préférence, Philippe Macasdar privilégierait la relève, tout en honorant les anciens. C’est ce qu’on se dit en face de lui, au restaurant La Réplique, au cœur du Théâtre Saint-Gervais, le club de sa vie: le patron de la maison genevoise maîtrise cette double détente. Sa nouvelle saison ressemble aux précédentes: elle célèbre des grognards, hôtes fidèles de la maison à l’image de l’Espagnol Oskar Gomez Mata ou de Marielle Pinsard; elle lance des échevelés impatients de marquer leur territoire. Avec La Ligne, Jean-Baptiste Roybon appartient à cette catégorie.

Un tourbillon dans un verre de pastis. Philippe Macasdar a la verve de sa Provence natale, la gravité de ceux que l’histoire a déracinés, la passion des garrigues intellectuelles, l’amour du beau jeu, footballistique ou poétique. L’esprit de son Saint-Gervais, ce drôle de bloc qui drague le Rhône, il l’effeuille ainsi, à l’heure de l’apéro. «Quand je prends la direction de la maison en 1994, j’ai une ambition qui est de permettre à de jeunes artistes d’atteindre un niveau de qualité supérieur et de prendre le large. Je propose à un certain nombre d’entre eux, dont Eveline Murenbeeld, Simone Audemars, Oskar Gomez Mata un peu plus tard, de travailler dans nos murs en résidence. Parallèlement, j’ai le souci de présenter le travail de créateurs étrangers en pointe, Olivier Py à la fin des années 1990, Rodrigo Garcia, entre autres.»

Molière tout cru

Ce goût du présent sous-tend les plaisirs de l’exercice à venir. Emilie Charriot, dont le King Kong Théorie d’après Virginie Despentes a frappé ici même, reviendra avec Ivanov de Tchekhov. Autour d’elle, des acteurs formidablement timbrés, dont Pierre-Isaïe Duc, Valéria Bertolotto et Tomas Gonzalez. Autre pupille de la maison, le jeune Français Karim Bel Kacem racontera quelque chose de sa vie dans 23 rue Couperin, pièce qui évoque le quartier bancal de son enfance. «Ces deux spectacles seront coproduits et accueillis par le Théâtre de Bonlieu à Annecy, qui est une excellente porte d’entrée sur le marché français», souligne Philippe Macasdar.

Sur le versant des fidélités, Marielle Pinsard retrouvera la rue du Temple avec On va tout dalasser Pamela, examen joyeux des discours amoureux à l’africaine. Oskar Gomez Mata, lui, promet un éloge loufoque de l’accessoire dans La Conquête de l’inutile. Quant à Claude-Inga Barbey et Doris Ittig, elles soigneront leurs désaccords dans Femme sauvée par un tableau, à l’enseigne de la Compagnie Sans Scrupules. Dans une veine plus tempérée, le photographe genevois Jean Mohr exposera dès avril une histoire du Théâtre Saint-Gervais.


S’il était entraîneur d’un club, Philippe Macasdar connaîtrait son histoire sur le bout des orteils. Ce broussailleux a fait profession de mémoire. Elle peut être blessée – Mémoires blessées est le titre d’un rendez-vous où il sera notamment question de Léon Blum et de Georges Mandel, incarcérés ensemble près de Buchenwald. Elle pourrait être aussi enchantée avec Les Molière de Vitez. Vous avez un blanc? En 1978, Antoine Vitez, l’un des cerveaux les plus brillants de la scène francophone, monte à la suite L’Ecole des femmes, Tartuffe, Dom Juan et Le Misanthrope. La règle du jeu? Les mêmes acteurs enchaînent les quatre pièces dans un décor unique. Gwenaël Morin reprend ce principe avec de jeunes comédiens sortis du Conservatoire de Lyon. Il semblerait que ce soit brut et urgent. Jean-Baptise Poquelin tout cru: on a hâte de voir cela.

Du CERN au Salève, une équipée poétique

La ligne de faille de la saison, c’est Jean-Baptiste Roybon qui la tracera en mai. «Quand il était étudiant à la Haute Ecole de théâtre à Lausanne, la Manufacture, il a fait un travail sur le lieu, explique Philippe Macasdar. Il a retrouvé des ouvriers de cette ancienne usine de taille de pierres précieuses et il a construit un spectacle à partir de leurs paroles. Il fera de même avec les habitants qui vivent sur une ligne qu’il a arbitrairement tracée entre le CERN et le Salève.» C’est ce qui s’appelle creuser son sujet. La connaissance du terrain est une exigence sportive et théâtrale, non?

Le site du Théâtre Saint-Gervais: http://www.saintgervais.ch/

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