Les nouveaux rapaces

Cinéma Authentique film maudit, «Serena» de Susanne Bier intrigue

Jennifer Lawrence et Bradley Cooper réunis dans un fameux bide? Cela s’appelle Serena, film tourné par la Danoise Susanne Bier entre les fêtés Happiness Therapy et American Hustle de David O. Russell . Adapté d’un roman (de Ron Rash, 2008) dont l’action se passe durant la Grande Dépression, un vrai «film maudit», retenu deux ans avant de connaître une sortie discrète. Un ratage objectif, et pourtant plus intéressant que bien des succès faciles.

L’action se joue dans les Smoky Mountains de Caroline du Nord, en 1929 l’une des dernière régions de forêt intouchée des Etats-Unis. Propriétaire foncier et entrepreneur sûr de ses droits, George Pemberton épouse Serena Fox et en fait sa partenaire dans son exploitation de bois. Serena s’impose rapidement comme l’égale des hommes, importe un aigle contre les serpents, mais un lourd passé la fragilise. Lorsqu’elle apprend qu’elle ne pourra pas être mère tandis que George s’occupe en secret d’un fils illégitime, elle sacrifiera bonheur et ambition à son dépit vengeur…

Jennifer Lawrence enlaidie

Serena raconte donc la spirale descendante d’un couple si beau, ambitieux et moralement douteux qu’il en devient profondément antipathique. Inutile de chercher plus loin la cause de ses ennuis. La chose est pourtant si inhabituelle que le film exerce une étrange fascination. Simple nostalgie du cinéma des années 1930 (style Jezebel/L’Insoumise de William Wyler, avec Bette Davis) ou critique voilée d’une Amérique prédatrice? Le propos de cette tragédie n’est jamais clair et sa forme – photo trop lisse, montages bizarres, musique médiocre – tout aussi incertaine. Mais ne serait-ce que pour y retrouver une Jennifer Lawrence très différente de l’égérie «révolutionnaire» de Hunger Games, Serena vaut le détour. Et si la vraie audace était plutôt là?

VV Serena, de Susanne Bier (Etats-Unis – France – Danemark 2014), avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Rhys Ifans, David Dencik, Toby Jones, Ana Ularu. 1h49.