THéâTRE

La Nouvelle Comédie encore différée

Prévue initialement en 2016, la Nouvelle Comédie ne verra pas le jour avant 2020. Sami Kanaan, ministre genevois de la Culture, dit pourquoi

La nouvelle ne ravira pas le milieu théâtral. Et pourtant, elle est peut-être moins négative qu’il n’y paraît. La Nouvelle Comédie ne sortira pas de terre en 2018 comme le prévoyait le plus récent pointage de la Ville de Genève en janvier dernier, mais en 2020, voire en 2021. Sami Kanaan, ministre genevois de la Culture, confirme la modification de calendrier concernant cette institution phare en matière d’arts de la scène, budgétée à 90 millions et prévue sur le nouveau site du CEVA, dans le quartier genevois de la gare des Eaux-Vives. Le conseiller administratif explique au Temps les raisons de ce retard. Raisons dont l’une représente néanmoins une avancée positive.

Car oui, si le chantier de la Nouvelle Comédie ne pourra débuter qu’en 2018 – et non en 2016 comme prévu –, c’est parce que l’Etat genevois, pour la première fois de son histoire, interviendra comme cofinanceur à 50% du budget de construction, soit 45 millions, et ceci en vertu de la nouvelle loi sur l’accès et l’encouragement à la culture, qui a été acceptée en mai 2012 par le parlement cantonal. Cette loi prévoit précisément une plus forte implication financière du canton non seulement dans le fonctionnement des équipements culturels, mais aussi dans leur réalisation. A ce titre, la Nouvelle Comédie apparaît donc comme «le projet emblématique du partenariat Ville-Etat», se réjouit Sami Kanaan. «Malheureusement, tempère le magistrat, pour des raisons d’arbitrage entre différents projets, l’Etat ne peut planifier une participation financière pour la Nouvelle Comédie avant 2018. La Ville pourrait bien sûr commencer le chantier dès 2016 et être rejointe par le canton au cours des travaux, mais je doute que le Conseil municipal vote le budget sans l’apport effectif de l’Etat.»

De plus, poursuit le conseiller administratif, la Ville de Genève elle-même connaît un certain freinage dans le financement de ses grands projets. «Depuis 2012, le Conseil municipal demande aux magistrats de mieux déployer dans le temps la réalisation ou la rénovation des grands équipements. Etant donné que ce même Conseil a estimé en janvier dernier que la rénovation du Grand Théâtre, budgétée à près de 70 millions de francs, était urgente, c’est ce budget qui sera déposé en priorité, en novembre prochain. Suivra le budget du Musée d’art et d’histoire, l’année d’après, puis, en 2015, celui de la Nouvelle Comédie. On peut regretter cet échelonnement, mais il est désormais exigé par les parlementaires municipaux pour éviter l’effet d’empilement d’investissements trop conséquents.»

Ce report de délai n’a pas que des inconvénients, plaide le politicien. Il permettra d’affiner le cahier des charges de cette maison des arts de la scène – qui, avec ses deux salles de 300 et 500 places, accueillera aussi de la danse parallèlement au théâtre – et de mieux impliquer divers partenaires dans son rayonnement. «Aujourd’hui, seul existe le Grand Théâtre aux yeux de la Genève internationale. Je compte employer les deux ans de latence pour rendre populaire la Nouvelle Comédie auprès de cette population.» Il s’agira aussi de travailler pour doubler l’actuel budget de fonctionnement de la Comédie. Aujourd’hui, la première institution du canton tourne avec un budget avoisinant les 10 millions. «Il faut au moins prévoir le double pour que la Nouvelle Comédie joue dans la cour des grands, avec des productions et des coproductions dignes de ce nom», observe Sami Kanaan qui, pour cette rallonge, compte aussi sur l’Etat, lequel contribue aujourd’hui à hauteur de 30% du budget de la Comédie.

Et la direction de cette Nouvelle Comédie? Sait-on aujourd’hui quel profil sera privilégié entre un directeur-créateur ou un directeur-programmateur? «Non, nous devons encore finaliser le cahier des charges de la direction. Et, a priori, pour la mise au concours, nous ne définirons pas de profil type, car nous n’avons pas de religion absolue à ce sujet.»

Ce report de délai signifie-t-il qu’Hervé Loichemol, directeur depuis deux ans de la Comédie, sera en poste jusqu’en 2021, comme le prévoit le règlement de la Fondation d’art dramatique (FAD) qui stipule un mandat global de quatre ans, plus deux fois trois ans? «Tout dépend comment la FAD gère la transition entre les directions de l’ancienne et de la nouvelle Comédie. On peut très bien imaginer que le futur directeur de la Nouvelle Comédie fasse ses armes à la tête de l’ancien bâtiment. Au départ, on avait imaginé deux directions parallèles: une qui conclurait l’exercice aux Philosophes, une autre qui préparerait le nouveau théâtre. Mais aujourd’hui, vu l’état des finances, cette solution onéreuse ne paraît plus d’actualité.»

«Il faudra doubler le budget pour que la Nouvelle Comédie joue dans la cour des grands»

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