Evidemment, le sujet était en or. Réunir, à un mois du scrutin populaire, partisans et opposants du futur Musée lausannois des beaux-arts garantissait un débat saignant. Encore fallait-il que la parole circule et que les arguments soient accessibles aux spectateurs visionnant la première édition de Tard pour bar, nouveau talk-show culturel en public de la TSR. Ce fut le cas. Emplacement, architecture, financement: au café de Bourg, à Lausanne, sous la houlette musclée de Michel Zendali, le projet du Musée de Bellerive fit l'objet d'un échange palpitant. Soit un départ réussi pour une émission qui a eu ses faiblesses - une deuxième partie plus erratique - mais dont on apprécie l'audace et le ton.

Densité de propos

Le pari n'était pas gagné. Lorsqu'en août, Laurence Mermoud et Michel Zendali, producteurs de Tard pour bar, ont présenté leur bébé, de gros doutes ont surgi sur l'intérêt d'un programme qui mélangerait culture et faits de société. On craignait le produit alibi. Or, jeudi soir, tard, c'est au contraire la densité du propos qui a frappé. Du potentiel Musée lausannois des beaux-arts, tout a été dit et dans des termes précis. Le député Jacques-André Haudry a expliqué en quoi le Musée de Bellerive dénaturerait les bords du Léman, avec cette tirade d'anthologie: «Pour les Vaudois, le lac est un espace sacré.» Tandis que Michel Thévoz verrait plutôt l'édification d'un nouveau musée dans les vides de la place de la Riponne.

Mieux, l'ex-directeur du Musée de l'art brut préférerait maintenir les Beaux-arts dans les 16000 m2 du Palais de Rumine, quitte à virer un ou plusieurs des quatre autres musées et institutions qui se partagent les lieux. Ambiance! Ce que n'a pas manqué de relever la municipale Sylvia Zamora en ajoutant, avec Bernard Fibicher, directeur de l'actuel Musée des beaux-arts, que les 3000 m2 de surface d'exposition de Bellerive (contre 1200m2 à Rumine) permettront de mieux rendre justice aux 8600 œuvres qui dorment dans les réserves... Une pluie de chiffres, donc, mais qui n'a noyé personne, car, en plus de frimer sur son scooter durant le générique, Michel Zendali a excellé en barreur de cette belliqueuse équipe.

Ensuite, il y eut des fléchissements. Des couacs même, avec un téléphone récalcitrant et des commentaires d'un trouble-fête qui se veulent piquants et sont plutôt flottants. Et puis, cette fausse bonne idée de demander un tapis sonore à DJ Hellen. Avec cette musique en toile de fond, impossible d'éviter l'effet supermarché. Mais, à l'image du très riche entretien final avec Omar Porras, leader du Teatro Malandro, Tard pour bar ne prend pas la culture pour une coquille vide et ça, c'est très réconfortant.