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La nouvelle Fondation Vincent Van Gogh expose le peintre à Arles

Le nouveau musée, ouvert grâce au mécénat de Luc Hoffmann, réunit aussi des artistes d’aujourd’hui inspirés par le peintre néerlandais. Visite

Van Gogh, de retour à Arles et en bonne compagnie

Expositions Le nouveau musée rend hommage au peintre dans la villequi l’a tant marqué

Il réunit des artistes d’aujourd’hui inspirés par le maître

Sans doute, aux yeux de beaucoup, Van Gogh est-il d’Arles autant que des Pays-Bas, tant les tableaux qui ont fait son immense popularité sont liés à cette ville et à sa région. Pourtant, il n’y a vécu que de février 1888 à mai 1889, un peu par hasard puisqu’il projetait de se rendre à Marseille. Arles ne devait être qu’une halte. Vendredi, on y inaugurait, en présence de quelques descendants de son frère Théo, la Fondation Vincent Van Gogh, avec deux expositions, l’une liée à l’artiste, à son époque, l’autre réunissant des artistes contemporains qui lui font écho. Un événement quand on sait que la Ville ne possède aucune œuvre du maître.

Si cet Arlésien provisoire est désormais honoré, c’est grâce à un autre Camarguais d’adoption, Luc Hoffmann. Zoologiste installé dans la région depuis 1954, le Suisse s’est battu pour la conservation des zones humides et de leurs oiseaux. Petit-fils du fondateur d’un des plus grands groupes pharmaceutiques au monde, il a cette fois sauvé un projet culturel.

Faute de toiles de Van Gogh à Arles, Yolande Clergue y a rassemblé, dès les années 1980, des œuvres contemporaines en hommage au peintre. Elle a réuni une collection importante, sans l’inscrire dans une structure juridique la protégeant d’une imposition lourde. On courrait à la débâcle quand Luc Hoffmann est intervenu, négociant avec l’Etat et la Ville. C’est ainsi qu’Arles a fourni un hôtel particulier, datant au XVe siècle, ancien siège local de la Banque de France. Rénové, sécurisé, grâce au mécénat de Luc Hoffmann, il peut désormais abriter des trésors.

L’exposition inaugurale consacrée à l’artiste néerlandais ne comporte pas moins de dix toiles de Van Gogh, exposées avec des Corot, Courbet, Monet, Pissaro… Le commissaire, l’ancien directeur du Musée Van Gogh d’Amsterdam, Sjraar van Heugten, a inscrit l’épisode arlésien dans le parcours de Vincent, dans l’évolution de sa gamme chromatique, au fil de ses apprentissages, de ses rencontres avec des modèles ou avec des paysages. Les teintes sombres, ternes, du Nord, contrastent avec celles du Sud.

Si le peintre arrive dans Arles enneigée, grise peut-être, il va bientôt y trouver les lumières qui l’ont appelé dans le Sud, et, très vite, l’intensité chromatique des lieux va se retrouver dans son travail. Il ose ce bleu et ce jaune qui nous semblent aujourd’hui d’une telle évidence dans ses paysages. A son frère Théo, il évoque la lumière «que faute de mieux je ne peux appeler que jaune – jaune souffre pâle, citron pâle, or. Que c’est beau ce jaune».

Ainsi, on pourrait rester des heures à prendre le soleil devant La Maison jaune («La Rue»), huile magnifique prêtée par le Musée Van Gogh d’Amsterdam. La rue, les murs, les mimosas, presque tout évoque le soleil, jusqu’à ces traces jaunes dans l’azur du ciel. Le jaune, on le retrouve aussi parmi les couleurs franches, pures, utilisées pour ce Zouave peint la même année.

Grâce à la richesse des collections Hoffmann en la matière, l’exposition met aussi en regard les œuvres de Van Gogh avec des estampes japonaises, une source essentielle pour lui.

L’artiste Britannique Garry Hume a choisi les couleurs des murs. Les jaunes et bleus de La Maison sont ainsi encore rehaussés par un violet prune. Car le projet, fidèle aux intuitions de Yolande Clergue, sans utiliser sa collection pour l’instant, donne une large place à l’art contemporain. La personnalité de la directrice, la Zurichoise Bice Curiger, en est une garantie.

D’ailleurs, avec la graphiste Marie Lusa, elle a choisi d’utiliser l’écriture de Marcel Duchamp pour écrire le nom de la Fondation Vincent Van Gogh, et prévoit déjà un colloque autour de Vincent et Marcel à l’automne. Elle a aussi invité le Français Bertrand Lavier à imaginer le portail du musée, et surtout le Suisse Raphael Hefti à produire une œuvre pérenne qui joue avec les lumières du jour, celles des saisons, verres de couleur intégrés à la verrière de l’entrée. Pour sa première exposition contemporaine, Bice Curiger réunit des œuvres poétiques, subtiles, comme celles de Bethan Huws, dont on peut voir des séries de minuscules bateaux qu’elle fabrique avec de simples joncs, et une vidéo hommage à Luc Hoffmann et à sa passion des oiseaux. Comme ces Escaliers sous la pluie de Fritz Hauser aussi. Le percussionniste a tracé au feutre, avec toutes sortes de crayons, et jusqu’à griffer le mur, des traits noirs sur les murs gris des escaliers. Il a enregistré le bruit de son travail, et a fait de ses sons une composition qui emplit la cage. Bice Curiger y voit très justement un écho aux traits visibles dans les toiles de Van Gogh.

Plus spectaculaire, le jeune Français Guillaume Bruère semble possédé par Vincent quand il reproduit, à coups de pastels et de crayons, le portrait de Van Gogh au Kunsthaus de Zurich, ou un modèle vivant d’Arlésienne sur une place de la ville. Il atteint la transe, sa main tremble, son trait est brisé. Lui-même met des jours à se remettre de l’expérience.

Cette manière brute, émotionnelle de l’art est sans commune mesure avec le propos de Thomas Hirsch­horn. A son habitude, le Suisse s’est emparé du sujet. Il a lu ou relu tous les livres sur Van Gogh, à commencer par sa correspondance, pour monter une installation qui donne la parole au peintre et se moque de la marchandisation populaire de son œuvre. On a tout à la fois envie de rire et de pleurer devant ces tournesols en plastique, et ces envahissantes images de manga qui, aujourd’hui, remplacent les merveilleuses estampes japonaises que Van Gogh aimait tant.

«Couleurs du Nord, Couleurs du Sud», et «Van Gogh Live!» , à la Fondation Vincent Van Gogh, Arles, jusqu’au 31 août. www.fondation-vincentvangogh-arles.org

Garry Hume a choisi les couleurs des murs. Les jaunes et bleus de «La Maison» sont rehaussés par un violet prune

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