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La nouvelle Heidi, mutine à géométrie variable

France 2 et la TSR rafraîchissent le personnage de Johanna Spiry. La série est conçue pour les ados par les producteurs français, alors que les Suisses espèrent rassembler toute la famille.

La sincérité de la nature face à la corruption urbaine: les concepteurs d'une nouvelle version de Heidi misent résolument sur le choc des valeurs. Voici la rebelle des hauteurs aux prises avec la vie d'ado en ville. C'est le pari d'une coproduction franco-suisse (TSR et France 2), que les Romands découvriront dès le 22 décembre. Dans le cadre du festival Cinéma Tout Ecran (CTE), les producteurs ont dévoilé trois épisodes d'un feuilleton qui en comptera 26.

La nouvelle Heidi, c'est la Française Elodie Bollée, à la spontanéité adéquate. Elle est entourée notamment d'Anne-Sophie Franck et de Cindy Santos, revenue de Nouvelle Star. Le père de son copain Mathieu (Kevin Lameta) n'est autre que l'ex-Sens Unik Carlos Leal, dans un rôle de méchant: il veut s'en prendre aux arbres qui entourent le chalet de Heidi et de son grand père.

Le feuilleton démarre ainsi, avec le combat des montagnards contre les bétonneurs. Heidi en déduit qu'elle doit aller étudier au collège, «pour devenir journaliste ou avocate», afin de défendre la nature. Pierre reste dans l'alpage, sa mutine amie, elle, dévale les pentes.

A peine arrivée aux abords de l'établissement (deuxième épisode), elle se fait racketter par trois collégiens. Or, l'un d'eux est le pote («à la vie, à la mort») de Mathieu. Complications relationnelles immédiates.

A la fin de la journée, la fille de la montagne veut renoncer aux études, horrifiée par les contraintes qu'engendre le fait de vivre avec «les gens». Elle persévérera. En opposant à ce monde un brin crasseux dans lequel elle plonge - sous-entendus sexuels, autorité scolaire ou trafic de drogue - sa franchise de roc. Cette fois, c'est la montagne qui va déplacer le monde.

La nouvelle Heidi est de son temps. Le grand père se renseigne quant à la manière de militer sur des blogs, le téléphone portable sonne à tout va. Emmenés par la Suissesse Stéphane Mitchell, les auteurs jouent en outre, avec habileté, du statut d'orpheline de leur héroïne. Lors de leur rencontre, Mathieu lui lance en substance: «Et si je te dis que parfois, ça peut être bien de ne pas avoir de parents, c'est stupide?», la jolie sauvage répond: «Oui.» Autour d'elle, les figures paternelles, surtout, dressent une galerie peu glorieuse, du vénal arracheur d'arbres à l'alcoolique qui brutalise son fils.

Vingt-six épisodes de 26 minutes, des équipes envoyées en Haute-Savoie, en Valais et à Fribourg, un tournage de six gros mois: les chaînes publiques ne lésinent pas sur les moyens pour relancer le mythe Heidi. Aux commandes, les chaînes et deux sociétés de production, Rita à Genève et Dune à Paris. Comme premier réalisateur, un guide de montagne, Pierre-Antoine Hiroz, apporte la caution des hautes cimes. Les plans rythmant le feuilleton, d'une scène à l'autre, offrent d'ailleurs quelques panoramas vertigineux. Evidemment, on est dans une fiction: entre les décors valaisans et savoyards, les lieux sont agglomérés, et Fribourg sert comme ville de plaine.

Passé les conventions du tournage, la démarche laisse entrevoir un léger malentendu culturel. Chez France 2, les maîtres du projet ne sont pas les responsables de la fiction, mais ceux des émissions de jeunesse. Qui pilotent les feuilletons pour les pré-ados, tels que Cœur Océan. La TSR, elle, veut faire de cette histoire «une série rassembleuse». Face au public de CTE, la coproductrice française Eve Vercel (Dune) résumait laconiquement: «Une série jeunesse en France, ados et famille en Suisse.»

Petit décalage. De prime abord, cette Heidi 2007 a en effet quelques atouts pour emporter l'adhésion des jeunes téléspectateurs. Au-delà de l'âge du personnage, 15 ans, l'engouement paraît moins évident. Les créateurs ne s'embarrassent pas de l'histoire du mythe. Cette Heidi-là n'est pas rafraîchie, mais réinventée, pour jouer, donc, sur le tableau des valeurs morales et de la sincérité personnelle, armes du personnage. Dès fin décembre, on saura vite qui est devant le petit écran pour suivre ses nouvelles aventures.

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