Humour

La «Nouvelle Revue de Lausanne» revient et décape

Rejoint par Joseph Gorgoni, Blaise Bersinger et son équipe sont de retour sur les planches avec leur deuxième revue. De la grève pour le climat au pôle muséal, le spectacle garde son cap, celui d’un humour inoffensif mais mordant sur sa ville et son époque

Après un succès monstrueux, difficile de rempiler. L’éternelle «pression du deuxième», dit-on, qui n’a pas dû épargner Blaise Bersinger et son équipe au moment de dévoiler, ce week-end, la nouvelle… Nouvelle Revue de Lausanne.

L’an dernier, l’humoriste, épaulé par Pierre Naftule et une équipe de jeunes comédiens, concoctait sa propre version du genre satirique et musical, longtemps absent des planches lausannoises. Après une campagne de crowdfunding, la Nouvelle Revue, présentée comme plus «bordélique» et moins cabaret, débarquait au Théâtre Boulimie. La malice tape dans le mille: raillant le projet du M3 comme les coulisses du Mondial, Blaise et son équipe jouent les prolongations quasi infinies, avec 82 représentations et quelque 12 000 spectateurs. Un coup de maître qu’ils tentent de reproduire cet automne au Centre culturel des Terreaux.

Lire aussi:  Ça y est, Lausanne a sa revue et elle vise juste

Vessie et FeVi

Une grappe de raisin, un spray désherbant et un étourneau géants sont plantés au milieu de la scène, l’air hagard et bras ballants: des figurants de la Fête des Vignerons qui attendent les instructions de leur chef d’équipe. Sauf que celui-ci est plus occupé à soulager sa vessie qu’à alimenter leurs oreillettes. Ecoulement sonore des plus gênants…

La grande manifestation veveysanne, ses vicissitudes météorologiques et son déficit ouvrent le bal – prévisible, d’autant qu’il s’agit aussi du fil rouge de Cuche et Barbezat pour leur Revue vaudoise, donnée en ce moment à Montreux. Facile, peut-être, mais moins de rester de marbre devant un Daniele Finzi Pasca éreinté, esquivant les questions d’une journaliste: «Que ferez-vous s’il pleut?» «Oui!»

Lire aussi: Cuche et Barbezat, liberté et répartie

Comme l’an dernier, ce sont les temps forts culturels et sociétaux de l’année, davantage que les tronches politiques, qui jalonnent cette revue 2.0: antennes 5G, manifs pour le climat – une Greta débarquée en bateau à Saint-François entonne Sous le vent de Garou et Céline Dion, devenu On vaincra en se soulevant – ou encore l’inauguration du pôle muséal. Des thématiques rassembleuses «sur lesquelles tout le monde a une opinion», estimait Blaise Bersinger sur La Première mercredi dernier. Et des références qui font mouche, en tout cas auprès des 25-45 ans.

Marie-Thérèse à la Riponne

On ne change pas une recette qui décape, ni une équipe qui gagne: sur scène, l’humoriste retrouve ses coéquipiers Simon Romang, Florence Annoni et Laura Guerrero, rejoints par l’actrice Aude Gilliéron, issue du monde de la comédie musicale. Une joyeuse clique de comédiens-danseurs-chanteurs à laquelle viennent s’ajouter cette année Nathanaël Rochat, en alternance avec Charles Nouveau, et un invité de marque, Joseph Gorgoni alias Marie-Thérèse Porchet.

Ceux qui attendaient les glapissements de la ménagère peroxydée ne seront pas déçus: on l’invite à présenter sa vision de la future Riponne, succédant à une toxico à la Sébastien Jaquet et à un hipster délicieusement horripilant. Fidèle à elle-même, tailleur rose et répliques parfumées de grivoiserie, elle nous détaille les origines, improbables, de la place lausannoise – spoiler: il est question d’un club de strip-tease.

Mais c’est peut-être de voir Joseph Gorgoni se mêler à cette bande de jeunes trublions, empoignant des petits rôles improbables et souvent désopilants, qui est encore le plus jouissif.

Coup de gueule

«Monstre ambiance, monstre ambiance», scandent-ils ensemble sur du Queen, dans un décor de plots lumineux évoquant le cirque. Et pour une fois, l’expression n’est pas ironique: les numéros sont pétillants et les fauves agiles.

Plus longue, mais aussi plus solide que l’an dernier, la Nouvelle Revue 2019 garde son cap. Sans trop se mettre en danger, volontairement égalitaire et politiquement correcte, elle n’en pose par moins un regard mordant – et absurde, la patte de Bersinger – sur l’époque. Et ne se gêne pas pour épingler ses contemporains. Il faut voir Laura Guerrero, en guide de musée, pousser un coup de gueule contre ces trentenaires lausannois moins intéressés par l’art que par les brunchs et le matcha… Jubilatoire.


La Nouvelle Revue de Lausanne. Jusqu’au 15 décembre, au Centre culturel des Terreaux, Lausanne.

Publicité