Atmosphère pacifiée, stratégie clarifiée: la nouvelle équipe dirigeante de l'Orchestre de la Suisse romande, présidée par Metin Arditi, a présenté ses projets vendredi au Victoria Hall, en même temps qu'elle a dévoilé la prochaine saison de concerts, qui sera la dernière de Fabio Luisi.

Désigné l'été dernier au terme de longues péripéties, le bureau de gestion n'a pas chômé, puisqu'il a annoncé, dès l'automne, la nomination de Pinchas Steinberg comme successeur de Fabio Luisi à la direction musicale de l'orchestre en 2002. Depuis, il a également finalisé des conventions avec l'ensemble des partenaires de l'institution: le Grand Théâtre, la SSR, les associations genevoise et vaudoise des amis de l'OSR, enfin et surtout la Ville et l'Etat de Genève. Cette dernière convention tripartite, décisive pour la pérennité de l'orchestre, définit les objectifs culturels assignés par les autorités et les moyens artistiques mis en œuvre par l'orchestre. Elle doit être bientôt signée, et l'OSR peut déjà compter sur une augmentation d'un million de francs de la subvention de la Ville.

En même temps que cet important travail juridique, le bureau de gestion s'est attelé à l'essentiel, avec une ambition déclarée: ramener l'OSR, d'ici à quatre ou cinq ans, «dans le peloton des dix grands orchestres symphoniques européens», dit Metin Arditi. A cette fin, la direction a défini quatre axes prioritaires, outre le choix de Pinchas Steinberg: renforcer la qualité de l'orchestre, améliorer le niveau des artistes et des chefs invités, revoir le découpage des concerts d'abonnement, repenser la communication.

La prochaine saison porte déjà la marque de ces volontés, bien que l'équipe dirigeante assure que le changement sera plus visible l'année suivante. Ainsi le nombre de concerts est-il sérieusement réduit (aucun programme ne sera donné deux fois dans la même ville), de manière à réduire la charge de travail des musiciens et enrayer l'éparpillement du public. Les séries de concerts sont rebaptisées et plus clairement profilées: deux séries de huit concerts chacune, «Symphonie» (avec les neuf symphonies de Beethoven) et «Répertoire», et trois séries de trois concerts chacune, «Ansermet» pour le XXe siècle, «Prélude» pour l'initiation au concert, et «Mosaïque» pour le répertoire «crossover» (voir l'encadré). Cette initiative est applaudie par Fabio Luisi: «Je suis convaincu que c'est une juste direction pour un orchestre symphonique qui entend survivre dans les prochaines années.» Le prix des places les moins chères est par ailleurs abaissé. Tous ces éléments sont destinés à ouvrir le Victoria Hall aux publics neufs que l'OSR doit reconquérir, car le nombre d'abonnés a fondu (2300 pour les trois séries actuelles, qui offrent plus de 4500 places) et les comptes sont au rouge: les sponsors ont dû boucher les 800 000 francs de déficit du budget 2000.

L'amélioration du niveau des artistes invités, selon l'administrateur de l'OSR Steve Roger, parle d'elle-même: les violonistes Vadim Repin et Maxim Vengerov, les pianistes Fazil Say et Emmanuel Ax, la soprano Felicity Lott, les chefs Jeffrey Tate et Jukka-Pekka Saraste… Enfin, l'OSR insiste sur son effort de communication, accroché à la «signature» dont il gratifie désormais son logo: «L'émotion partagée», qui est selon Metin Arditi «la finalité de notre activité». Un nouveau numéro d'appel sera ouvert aux abonnés, un tram OSR sillonnera Genève, on pourra acheter des places sur le site Internet www.osr.ch, le journal La Sixième Ligne reprendra sa parution avec le concours de professionnels, etc.

L'orchestre compte enfin signer bientôt un contrat avec une «major» du disque, qui unifierait un travail actuellement dispersé: deux opéras de Verdi chez Philips, un disque Respighi et Liszt avec la RSR, un projet Poulenc avec Armin Jordan et Felicity Lott pour Le Chant du Monde, un «Peer Gynt» de Grieg… L'OSR ira enfin se faire entendre cette saison à Evian, à Martigny, au festival d'art sacré de Fribourg, à Zurich, et surtout à Vienne et à Salzbourg, où il sera dirigé par Fabio Luisi, qui se réjouit ainsi de vivre la «plus intéressante» des cinq saisons qu'il aura vécues à la tête de l'orchestre.