Mahmoud Shukair. Ma Cousine Condoleezza et autres nouvelles. Trad. de Stéphanie Dujols. Sindbad/Actes Sud. 156 p.

A Jérusalem, des Palestiniens sont travaillés par de drôles de lubies. Un chauffeur de taxi, fou de Ronaldo, assure à ses clients qu'il garde vide la place de devant pour accueillir le footballeur brésilien. Un grand-père, tout heureux, organise un banquet pour Rumsfeld, persuadé que le secrétaire américain à la Défense répondra avec empressement à son invitation. Ces obsessions débouchent sur des péripéties plus cocasses les unes que les autres. Mahmoud Shukair, né à Jérusalem en 1941, nouvelliste au long cours, a fait de la dérision son arme préférée pour dépeindre une réalité faite d'impuissance et l'on rit franchement de l'intrusion des grands pontes de la politique américaine dans le quotidien de ces personnages comiques malgré eux.

Dans «Ma Cousine Condoleezza», qui donne le titre au recueil, un menuisier comprend tout à coup pourquoi il n'aime pas sa cousine: elle a les mêmes yeux que Condoleezza Rice. Dans un rêve désopilant, il se retrouve face à une secrétaire d'Etat en épousée dénudée mais qui au lieu de s'allonger sur le lit se met à déambuler dans la chambre de façon énigmatique. Le menuisier finit par la questionner sur cette curieuse déambulation et par l'inviter à s'étendre à ses côtés. Ce qu'elle ne fera pas au terme d'un dialogue savoureux. La deuxième partie révèle une autre facette de l'auteur. Introspectifs, brefs souvent, parfois poèmes en prose, ces fragments captent des personnages énigmatiques, des scènes fugaces, des sentiments tremblés. Comme ce jeune homme qui s'élance dans un verger comme un «poulain fougueux» et s'arrête interdit devant une femme. L'éclair de lumière sera bref et le jeune homme restera avec son panier de pêches à ses pieds.