Spectacles

Les nouvelles diableries du Crève-Cœur

La plus charmeuse des salles genevoises a été transformée cet été. Elle s’encanaillera dès mardi avec «Les trois baisers du diable», de Jacques Offenbach. Lever de rideau

Croquant comme au premier jour. A Cologny, le Théâtre du Crève-Cœur regarde toujours de haut le lac Léman. Il se souvient toujours qu’à trois foulées, la jeune Mary Shelley, 19 ans en 1816, a conçu, un été d’orage, son docteur Frankenstein et sa créature. Il chérit évidemment sa fondatrice, Raymonde Gampert, cette amoureuse d’Anton Tchekhov et de Marivaux qui, un jour de 1959, décide de transformer le pressoir de sa demeure en conque poétique, juste pour le plaisir d’y entendre des paroles ivres. Mais il s’offre en ce mois d’octobre une nouvelle jeunesse, sous la direction d’Aline Gampert, petite-fille de Raymonde, justement, et fille de Bénédict Gampert et d’Anne Vaucher.

Le Crève-Cœur, un roman de famille? C’est ce que la jeune femme suggérait l’autre matin, sur la scène restaurée de sa maison, sa petite fille de quelques mois dans les bras, histoire de marquer les filiations. Devant la presse et les amis du Crève-Cœur, elle n’avait pas assez de mots pour dire son plaisir d’avoir pu transformer ce lieu sans pareil, relancé en 1989 par son père, comédien et poète, et sa mère, comédienne elle aussi. Le coup de force tient à l’ablation d’une vis géante qui était en soi le vestige d’une époque ancienne, celle où on pressait le raisin. Pendant des décennies, elle a imposé son ironie ithyphallique aux acteurs qui évoluaient sur un plateau grand comme un pont de voilier.

Lifting intégral

Pour répondre aux normes de sécurité en vigueur, Aline Gampert a dû bouleverser la disposition de sa salle. Ses 60 sièges descendent en douceur sur une scène qui donne désormais sur le lac, en arrière-fond. Quatre mois de travaux au pas de charge, 600 000 francs d’investissement et le tour était joué, grâce aussi à la diligence d’un jeune couple d’architectes, Stefana Balan Semadeni et son mari, Ruben.

La saison, elle, s’annonce piquante, c’est la marque d’Aline Gampert, et ambitieuse – quatre créations et un accueil. Elle allie d’une part l’humour d’un Lionel Frésard, ce puncheur qui raconte une jeunesse entre gazons épiques et deus ex machina moliéresque (du 4 au 16 décembre), d’autre part le mélo virtuose d’un Woody Allen, dont Didier Carrier montera Central Park West. L’actrice Camille Giacobino rêvera d’Hamlet, en amoureuse qu’elle est de Shakespeare – Hamlet Circus, avec Frédéric Polier et Alexandra Tiedemann. Annik von Kaenel, qui anime toujours les ateliers-théâtre du Crève-Cœur, saluera Sarclo, Juliette et leur bande dans Joli foutoir, escapade pour trois chanteuses.

Ces jours, ce sont d’autres volutes qui mettent en joie la maison. Benjamin Knobil répète avec quatre comédiens-chanteurs Les trois baisers du diable, de Jacques Offenbach. Cette opérette miniature donnera le la de la saison dès mardi. Le Crève-Cœur fêtera ses 60 ans au printemps. Il se donne pour l’occasion un air méphistophélique. Nouvelle jeunesse? Oui, sans sa fameuse vis dyonisiaque, certes, mais avec le diable en sautoir.


Rens. https://lecrevecoeur.ch

Publicité