Genre: inédits
Qui ? Monique Saint-Hélier
Titre: Les Oiseaux du matin et autres nouvelles inédites
Présenté par Stefana Squatrito
Chez qui ? L’Aire, 116 p.

Au début des années 1950, Monique Saint-Hélier, dont la santé ne cesse de se dégrader – elle disparaîtra en 1955 –, écrit passionnément. Si fiévreusement que son éditeur de l’époque, Grasset, lui demande d’élaguer les amples romans qu’elle rédige, dont Le Martin-Pêcheur , troisième volume de sa saga des Alérac, inaugurée en 1934 par son roman Bois-Mort . Elle tirera notamment de ces chutes de textes une série de nouvelles, dont cinq, inédites, sont publiées aujourd’hui et savamment établies et commentées par Stefana Squatrito – après un choix de six, Les Joueurs de harpe , paru en 1987 aux Editions de L’Aire.

Ce peut être une occasion de plonger la tête la première dans la narration décousue, étonnante et déroutante de cette romancière suisse, qui fut l’amie de Rilke. Monique Saint-Hélier multiplie les points de vue dans ses récits, passant sans crier gare de l’intériorité d’un personnage à celle d’un autre; elle aime égarer son lecteur, le forçant à parcourir plusieurs fois ses chemins de mots semés d’ellipses et d’allusions. Elle ne dédaigne pas le fantastique et met en scène un formidable «Monsieur Amer», le froid en personne, qui gèle tout ce qu’il approche. Ses «Pendants d’oreilles» se promènent, eux, entre passé et présent, entre neige et souvenirs de Croisades à moins que ce ne soit l’inverse. Il n’est pas toujours facile de déchiffrer ces textes tombés de la saga des Alérac si on n’en connaît pas la substance, c’est là que les commentaires très érudits de Stefana Squatrito trouvent leur sens. Ces dernières œuvres posthumes de fiction sont une curiosité à découvrir, avant son Journal intime annoncé prochainement à L’Aire.