La question de la voix en jazz

Trois chanteuses, deux chanteurs, dans cette académie. Tandis que les pistes semblent mieux défrichées pour les guitaristes, pour les pianistes, qui pourront toujours jouer les caméléons dans des contextes à mille lieues de leur domaine de prédilection, la voix en jazz est un problème. Elle est d’abord une présence. Une couleur. Cinq chanteurs, cinq univers.

Entre la vocaliste française Myriam Bouk Moun, dont la culture classique frotte continuellement contre un goût éperdu du scat, et le jeune crooner polonais Wojciech Myrczek, qui hésite encore entre des postures traditionnelles et le sens du risque, il y a un océan. Condamnés, plus que n’importe quel instrument, à s’inventer.

Menu prodige de cette académie, la chanteuse espagnole Paula Grande utilise des boucles de voix pour construire ses morceaux; elle s’invente un groupe, donc un territoire. A l’académie, elle rencontre un fabuleux guitariste, le Colombien Andrés Corredor, plus proche de Marc Ribot que de Charlie Christian. Ensemble, ils créent une chanson. Le lieu de la rencontre, moment suspendu. La voix jazz, surtout lorsqu’elle est enseignée dans les écoles, frise souvent l’exercice de style. Elle est insupportable lorsqu’elle mime les voix d’antan, la nouvelle Billie Holiday, la nouvelle Sarah Vaughan.

La Montreux Jazz Academy a donné du champ aux voix pour que Paula Grande, une drôle de jazz woman qui ne ressemble à aucune autre, puisse se trouver.