Pas de requin en vue dans le premier roman de Bertrand Belin, belle voix de la chanson française et dorénavant de la littérature. «Requin», paru en 2015, suit les derniers instants d’un homme en train de se noyer dans un lac artificiel près de Dijon. Le narrateur est justement l’homme en question. La tension narrative du texte repose d’abord sur le compte à rebours vécu en direct par le personnage: tiendra, tiendra pas? Le récit se construit ensuite sur une constante dissociation entre ressenti et circonstances qui donne au roman son ironie et sa profondeur.

Un conte philosophe et drôle

Car quelle est cette vie qui peut se conclure si bêtement? Par une banale journée de soleil en famille, tandis que sa femme lit tranquillement sur la plage et les enfants jouent au ballon parmi les autres baigneurs, il se noie et personne ne s’en aperçoit. Tandis que toutes les particules de son corps sont convoquées pour repousser la mort, le narrateur pense avec un calme tout littéraire. L’absurdité de cette fin renvoie à la vacuité de l’existence. L’image du petit homme en train de se noyer dans le lac artificiel appelle des images de la petitesse de l’expérience humaine noyée dans l’immensité du cosmos. Un conte philosophique et drôle qui se lit d’une traite.


Bertrand Belin. «Requin», Folio