chroniques

Nuala O’Faolain réapparaît en ses écrits

La romancière écrivait pour des journaux irlandais et américains. Son éditrice Sabine Wespieser publie ses chroniques

Genre: Chroniques
Qui ? Nuala O’Faolain
Titre: Ce Regard en arrièreet autres écrits journalistiques
Chez qui ? Trad. de l’anglais (Irlande) par Dominique Goy-Blanquet

Chez qui ? Sabine Wespieser, 426 p.

Nuala O’Faolain était tout entière dans ce qu’elle écrivait, dans ses romans, dans ses Mémoires aussi bien que dans les chroniques qu’elle livrait à différents journaux en Irlande et aux Etats-Unis. Cette sincérité est un de ses grands atouts, elle procure le sentiment de proximité et d’amitié à la racine de son succès. Nuala est née à Dublin en 1940. La vie des femmes alors était une longue suite de brimades et de sacrifices, souvent noyés dans l’alcool. Elle est partie gamine pour Londres, en abandonnant sa mère et ses nombreux frères et sœurs, non sans déchirement, culpabilité et déni. Son féminisme s’enracine dans un vécu qui l’a mise à vif pour toujours. Mais elle ne s’est jamais trompée d’ennemi, trop consciente que les hommes étaient tout autant victimes de cette société archaïque, écrasée par l’Eglise et l’héritage colonial. La reconnaissance lui est venue tard, après bien des galères, grâce à un récit autobiographique, On s’est déjà vu quelque part? (Sabine Wespieser, 2002). Dans ses romans aussi, Nuala O’Faolain se mettait en jeu, avec cet alliage de générosité, de simplicité et de lucidité.

Sabine Wespieser, dont elle a été l’auteur fétiche depuis ses débuts d’éditrice, a rassemblé 70 de ces chroniques, publiées entre 1986 et 2008, l’année de sa mort prématurée. La journaliste y traite toutes sortes de sujets: le processus de paix, la situation des femmes, l’avortement, l’alcoolisme, le poids de l’Eglise, les mauvais traitements réservés aux Travellers, cette variété irlandaise de gens du voyage. La mort de Sinatra, un concert de U2 lui donnent l’occasion de revenir sur sa jeunesse. Le regard est précis, aiguisé par le désir «de dire une réalité complexe». L’ironie est toujours adoucie par une affection réelle pour ceux dont elle parle, et légitimée par la franchise avec laquelle la journaliste s’expose elle-même.

Dans L’Histoire de Chicago May , elle racontait la carrière d’une aventurière qui avait fui sa misère natale pour finir dans la prostitution et les vols minables. De son héroïne, elle disait: «A tout ce qu’elle a fait, j’ai été attentive, et regarder quelqu’un avec attention est le début de l’amour. C’est un entraînement à l’amour.» Une empathie sans sentimentalisme, qui vivifie ses chroniques.

La mort de Sinatra, un concert de U2 lui donnent l’occasion de revenir sur sa jeunesse

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