Livres

Nuit d’ivresse à Valparaiso

Nazisme et racisme au Chili

A Valparaiso, vers 1944, Sepúlveda vit en parasite chez sa mère et traîne une vie misérable, entre taverne et bordel. Le jour où «sa» putain n’est pas libre, il conçoit une aversion absurde pour l’autre client, un Français, Daniel Cahen. A sa honte, le Chilien accepte de boire des verres avec son rival, qui lui apprend la guerre en Europe, la défaite de la France, le sort des juifs, les colonies de sympathisants nazis installés au Chili.

Climat crépusculaire

Fasciné par ces révélations, Sepúlveda, dans son esprit troublé par des cauchemars récurrents, développe un amour-haine pour l’étranger, auquel il doit aussi un boulot qu’il sabote illico. Fin abrupte de l’histoire, un soir de beuverie. Elle trouve son épilogue des années plus tard, à Santiago, dans le sang. Dans son dépouillement de tragédie, ce roman parle de la peur de l’autre et des monstres qui sommeillent dans les esprits faibles, prêts à s’éveiller. Publié en 1982, sous la dictature de Pinochet, il doit sans doute à l’époque son climat crépusculaire. Saisissant.


Jorge Marchant Lazcano, «La nuit qui n’a jamais porté le jour», trad. de l’espagnol (Chili) par Christian Roinat, Christophe Lucquin éditeur, 120 p.

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