Depuis le 13 février et jusqu’au 7 juin, une autre exposition importante est ouverte. Intitulée Van Gogh et les couleurs de la nuit, elle présente une approche également ciblée et inédite de l’art du Néerlandais. Organisée par Joachim Pissarro, arrière-petit-fils du peintre impressionniste Camille Pissarro, au Museum of Modern Art à New York – où il est conservateur adjoint –, elle y était visible du 21 septembre 2008 au 5 janvier 2009. Elle est maintenant au Van Gogh Museum à Amsterdam.

Et là aussi on voit qu’une thématique resserrée, restreinte aux sujets influencés par les heures vespérales et nocturnes, permet paradoxalement d’élargir la vision qu’on se fait de l’œuvre de Van Gogh. L’examen attentif qui est proposé de ces sujets, réunis pour la première fois, et qui s’échelonnent depuis Les Mangeurs de pommes de terre de ses débuts jusqu’à une œuvre expressionniste tardive comme La Nuit étoilée, montre la cohérence que Van Gogh a su organiser entre son propre psychisme, complexe, et les défis qu’il cherchait à relever.

Un contemplatif

Le peintre a su fusionner des charges émotives fortes, un romantisme latent, contradictoire même, et une modernité qui se devait – à ses yeux – de balayer les formes éthérées des impressionnistes. Van Gogh est un poète, mais éloigné de toute afféterie. C’est un contemplatif, mais des rudesses de la vie. Qui a toujours marqué une vive admiration pour le naturalisme de Jean-François Millet. Et dans cette veine de sensibilité, la nuit est ce lieu d’exacerbation mais aussi d’apaisement qui apporte à Van Gogh les contrastes dont il a besoin. C’est la nuit qu’il y voit le plus clair. Qu’il spectrographie littéralement les énergies, les flux qui animent les éléments, qui lient dans la même gerbe l’air, les végétaux, les constructions et les manifestations humaines.

Parmi les 70 œuvres de Van Gogh, peintures, dessins, accompagnées d’une cinquantaine de créations d’autres artistes (Rembrandt, Camille Corot, Seurat, Millet, Gauguin, Hiroshige), présentées à Amsterdam, ce sont les peintures aux tonalités les plus profondes qui se montrent les plus probantes. Ce sont les plus avivées qui permettent de mesurer les champs de force en présence. Parfois paisibles comme dans Le Café de nuit (1888). Le plus souvent agités de courants mélangeurs que les scintillements de la nuit font particulièrement ressortir, dans La Nuit étoilée (1889). Un hypersensible comme Vincent van Gogh visualise ces mouvements invisibles. Les retranscrit en coups de pinceau allongés et souples. Qui s’emmêlent, s’unissent et se fondent en une dynamique communautaire (Nuit étoilée sur le Rhône, 1888). Et ces visions nocturnes vont donner finalement toute leur puissance aux paysages diurnes, vont mettre en branle ce qui souvent, de jour, ne revêtait que l’apparence de structures.

C’est dans l’intimité de la nuit que Van Gogh s’aperçoit que tout est irradiations, couleurs. «Voilà un tableau de nuit sans noir», écrit-il à propos de Terrasse de café le soir (1888), «rien qu’avec du beau bleu et du violet et du vert, et dans cet entourage la place illuminée se colore de soufre pâle, de citron vert.» C’est par la nuit que Van Gogh accède pleinement aux fusions solaires. Qu’il peut se situer enfin avec harmonie dans le déroulé des journées. Que le spectateur, de son côté, comprend combien la vie grouille dans les paysages les plus sereins. Cette révélation, cette sortie de nuit, cet accès rasséréné au jour sont si essentiels pour Vincent van Gogh que, lorsque ce jour resplendissant s’obscurcit à nouveau, par un funeste vol de corbeaux, il se suicide.

Van Gogh en de kleuren van de nacht. Van Gogh Museum (Paulus Potterstraat 7, tél. +31 (0) 20 570 52 00, www.museumvangogh.com). Tous les jours 10-18h (je-sa 22h). Jusqu’au 7 juin.