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Joseph Gorgoni alias Doris Leuthard mène le bal au milieu des grandes dames de la planète, de Melania Trump à Brigitte Macron.
© Pascal Bernheim pascal@bernhe.im

Satire

Les nuits fauves de Pierre Maudet, Doris Leuthard & Cie

Au Casino-Théâtre, Pierre Naftule signe un show qui a de la cuisse et du goût, servi par des interprètes impayables, dont Joseph Gorgoni, Florence Annoni et Pierre-André Sand

Une bonne Revue commence toujours par une chiquenaude. L’humoriste Thomas Wiesel épingle les rides de la salle, ces éminences grises, blanches ou chauves qui transforment, depuis la mi-octobre, le merveilleux Casino-Théâtre de Genève en bonbonnière sépia. Pince-sans-rire comme le Candide de Voltaire, le bel insolent s’ébahit aussi de cette tocade genevoise: ce million de spectateurs aux trousses d’une grand-mère géante – la doyenne colossale sortie des gros doigts de la troupe française Royal de Luxe. Dans son fauteuil, on se sent tout nigaud.

Un rire toutes les 17 secondes

Un petit coup encore? Thomas Wiesel enchaîne avec Christian Constantin qui – ravage de l’âge? Allez savoir – s’est pris pour Cassius Clay: au tapis, Rolf Fringer, ancien sélectionneur de l’équipe de Suisse. «Rocky 12», claque l’humoriste. Et le rire de monter en geyser. Pierre Naftule les compte chaque soir, ces éclats libérateurs – c’est sa marotte. Pour son ultime Revue en tant que metteur en scène, le producteur en voulait trois par minute au moins. Au dernier comptage, celui d’hier, il en était à un rire toutes les 17 secondes. L’affluence est proportionnelle: elle est en hausse par rapport à l’année passée, souligne l’administratrice.

Les secrets d’une Revue réussie selon Pierre Naftule

Eric Stauffer en éternel revenant

La satire tient donc sa promesse. On y retrouve la griffe Naftule. Le galbe des Folies Bergère et l’ironie de la chanson. La genevoiserie qui estomaque. Un aigle noir de carnaval en guise de maître de cérémonie. Des spectres bien de chez nous, moins énigmatiques que celui de Hamlet – Eric Stauffer (il colle à la peau de Laurent Nicolet) en éternel revenant et poissard.

Un plaisir à la Daumier encore de croquer le Conseil d’Etat: Anne Emery-Torracinta (Faustine Jenny) en mère la tristesse, Serge Dal Busco en crise d’identité, Pierre Maudet (Marc-André Müller) en Mike Horn tombant du ciel pour donner une leçon de survie à une palanquée de détenus encagés – les cellules de Champ-Dollon rivalisent avec le métro de Tokyo à l’heure du mikado.

Joseph Gorgoni en Doris Leuthard

Une bonne Revue, on se la raconte au bistrot devant un aligoté. Tiens, les solutions miracles de Luc Barthassat (Pierre-André Sand en combinaison à la Valérian, trop bien) pour décongestionner la ville. Son sabir est un poème. Tiens encore, le conciliabule des grandes dames au Forum de Davos. S’y rencontrent la Melania de Trump, la Svetlana de Vladimir Poutine, la Brigitte d’Emmanuel et soudain, déboulant comme une douairière d’alpage dans un défilé Chanel, Doris Leuthard dans une robe chocolat. Voyez ces pupilles qui tourneboulent d’est en ouest, c’est une géographie en soi – Joseph Gorgoni, à la plasticité comique impayable.

C’est le même Joseph Gorgoni qu’on retrouve en investisseur chinois dans un domaine viticole du côté de Satigny. Le propriétaire y reçoit un Monsieur (Jean-Alexandre Blanchet) et une Madame du Snob (Florence Annoni), des culs serrés des beaux quartiers, mais aussi l’ancien conseiller d’Etat Robert Cramer. Le milliardaire de Pékin fait son entrée, semant l’effroi comme Xi Jinping – plus drôle que l’hyper-président communiste. Robert Cramer, goûteur émérite, tombe dans le tonneau, ce qui inspire cette chute: «Les grands crus pour les Chinois, la grande cuite pour Robert.»

Pierre Maudet, le Fregoli de la Coupole

La charge héroïque de Pierre Maudet est une matière de rêve pour des satiristes. Guy Parmelin et Johann Schneider-Ammann cherchent un Latin pour remplacer Didier Burkhalter. Le premier de classe genevois – toujours joué par Marc-André Müller – se déboutonne alors en Fregoli de la Coupole. Mais chut, pas un mot de plus. Marie-Thérèse Porchet pourrait bien s’en mêler.

A l’heure des saluts, comme dans les comédies de Shakespeare, les acteurs vous invitent à propager la bonne nouvelle d’un spectacle réussi. Alors, on s’exécute. Cette revue a de la cuisse, pour parler comme le Monsieur du Snob de Champel. Mieux, elle s’allège en cours de soirée. «Hakuna matata», grogne Luc Barthassat dans son salmigondis loufoque. L’ombre du Roi lion. La jungle genevoise, en somme.


La Revue genevoise, Casino-Théâtre, 42 rue de Carouge, jusqu’à fin décembre.

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