A 28 ans, Basil Da Cunha est déjà un vétéran du Festival de Cannes puisque deux de ses courts métrages, Nuvem (2011) et Os vivos tambem choram (2012), y ont été présentés. Après la nuit, son premier long, a connu le même honneur. Le cinéaste morgien reste fidèle à son univers déglingué et gorgé de vie, à son décor, une favela de Lisbonne où il a ses entrées, à ses personnages, les gueux sublimes qui vivent là, et dont la rudesse n’empêche pas la grandeur d’âme.

Sombra sort de taule et reprend ses activités de dealer dans le bidonville créole de Lisbonne. Mais il a des dettes et ses débiteurs sont de mauvais payeurs. Pris entre deux feux, le rasta cool doit se démener pour se tirer des embrouilles.

Plus poète qu’ethnologue, humaniste convaincu, le cinéaste est un traqueur de beauté. Il la déniche au détour de longues conversations surréalistes, dans l’éclat d’une couleur tranchant la grisaille des taudis, dans les rêves qui poussent tels des mauvaises herbes et dans l’appel du large. A minuit, un accordéon aigrelet invoque les fantômes, et un iguane majestueux, cet emblème du cinéma de Da Cunha, acquiert une dimension de sphinx. Seul bémol: la longueur de quelques joutes verbales casse parfois le rythme.

VV Après la nuit (Até ver a luz), de Basil Da Cunha (Suisse, Portugal, 2013), avec Pedro Ferreira, 1h35.