Dans l'immense chambre à miroirs qu'est le rock, où tout, même la nouveauté, n'est trop souvent qu'un reflet à peine déformé de l'existant, il est des artistes qui occupent une place de choix. Oasis est de ceux-là, depuis toujours, ce qui fait la bagatelle de quinze ans, ou presque. Durant ce laps de temps - qui en musique compte double - une génération d'artistes s'est éclipsée et une autre a pris le relais. Les quatre d'Oasis, qui s'autoproclament meilleur «band» de la planète, n'ont jamais quitté le paysage, ce depuis leur apparition en 1994 et jusqu'à cette nouvelle livraison. Entre-temps, des groupes-phares - et parfois rivaux - de la scène britpop ont disparu (Stone Roses, Blur...) et d'autres vivotent dans les limbes des oubliés (The Verve, Primal Scream...).

Les reflets de l'histoire

Les frères Liam et Noel Gallagher se sont aujourd'hui défaits des liens discographiques qui les unissaient à Sony-BMG. Ils sont désormais libres d'agir avec leur propre maison. Ainsi armés, ils se montrent plutôt fringants et très convaincus, comme à l'accoutumée, d'avoir enfanté l'album du siècle.

Disons-le d'entrée, si on restait fixé sur cette conception perfectible de la modestie, on pourrait presque leur donner raison. Dig out your Soul est en tout cas un des meilleurs albums que le duo ait commis depuis ses débuts, marqués par l'enchaînement ahurissant de Definitely Maybe et (What's the Story) Morning Glory? Seulement, voilà, en plaçant Oasis au milieu du village, ou plutôt, dans la chambre à miroirs de la pop et du rock, on finit forcément par relativiser la portée de ce septième enregistrement en studio. Car le groupe aime plus que jamais se nourrir des reflets que renvoie l'histoire de la musique à guitares. Dans ces onze morceaux, couverts d'une couche épaisse de psychédélisme, on ne compte pas les citations et les emprunts. Cela frôle par endroits l'indécence. De Led Zeppelin («Waiting for the Rapture», «The Nature of Reality») au Beatles («To Be Where's Life»), en passant par The Who («Ain't Got Nothin'») et Stone Roses («Soldier on»), l'album regorge à ce point de clins d'œil qu'on croirait le groupe atteint de tics nerveux.

A Liam et Noel Gallagher, on reconnaîtra la capacité intacte de dessiner des mélodies entêtantes. Et l'impossibilité, aussi, de les habiller d'un tissu plus décent que cette pâte gluante qui sort sans trêve de leurs guitares saturées et d'une batterie on ne peut plus binaire. Là est leur limite. Elle est congénitale et ils ne le savent pas, puisqu'ils sont les meilleurs.

Dig out your Soul (Big Brother/Musikvertrieb).