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Lazy Sunday Morning, la fragrance coton de Maison Martin Margiela.
© DR

Parfum

Odeur 
de sainteté

Les parfums aux notes 
de t-shirt propre ou de drap chauffé au soleil ont le vent en poupe. Laissant derrière eux des sillages rassurants et régressifs

Il faut imaginer des draps blancs qui sèchent au soleil, rafraîchis par une brise légère. Une robe fleurie qui se balance dans le vent tiède du soir. Un polo sous la vapeur du fer à repasser. Une peau nue, juste après la douche. Il faut imaginer tout cela pour capter l’odeur du propre. Mais pas celle d’une lessive bon marché dont la teneur en fraîcheur printanière frise l’overdose. Non, l’odeur du propre élégant et décontracté. En bref, un parfum de coton immaculé, à ne pas confondre non plus avec des notes cotonneuses et poudrées.

Retour de Cologne

Un style parfaitement incarné par Cool Water de Davidoff, grand succès dans les années 1990, aux notes vertes fruitées, porté par l’homme bien propre sur lui, rasé de près, portant des vêtements sortant du pressing.

«Cette fraîcheur de propre qui tient est souvent composée de molécules d’aldéhydes ou de muscs blancs. Les aldéhydes ont la particularité de sentir le fer chaud et les muscs blancs», détaille Pierre Aulas, directeur du développement olfactif de Thierry Mugler et Azzaro Parfums.

«Cette nouvelle génération de muscs de synthèse, organiques et sensuels a une connotation de peau propre. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont souvent massivement utilisés dans les lessives. S’y ajoutent la fraîcheur acidulée et pétillante des agrumes, citron, pamplemousse, bergamote, associés à la fleur d’oranger ou à un fond ambré pour rappeler les eaux de Cologne», continue ce nez qui a collaboré à la création de l’un des parfums les plus pointus du genre, lancé en 2001, la Cologne de Thierry Mugler.

Senteurs de l’enfance

Après avoir lancé le premier parfum gourmand Angel, un succès planétaire, la marque misa sur un unisexe qui allait lui aussi stimuler les souvenirs olfactifs régressifs de l’enfance, à savoir la fraîcheur simple et propre d’une eau de Cologne. «A l’époque, Monsieur Mugler est venu me voir avec l’envie d’un parfum que l’on voudrait porter quand on en a marre de tous les autres et qu’on est saturé des odeurs. Une fragrance qui sente plutôt propre que bon. Il fallait qu’il ne soit pas entêtant mais sympathique et facile à porter, par exemple le week-end, pour se faire plaisir sans avoir l’impression d’être parfumé», se souvient Pierre Aulas.

Sur la base d’un morceau de savon que Thierry Mugler avait rapporté d’un hôtel où il avait séjourné au Maroc, à l’époque où il faisait beaucoup de photos, le parfumeur Alberto Morillas, sous la direction artistique de Pierre Aulas, a retravaillé une note de Cologne, un type de parfum à l’époque tombé en désuétude – la faute à ses accents très «grand-mère» – en mettant beaucoup de musc, des agrumes très frais, un relais de fleur d’oranger et une note verte, lui conférant ainsi une dimension quasi végétale.

Un parfum qui marque un tournant

Si ce parfum n’a pas eu les retombées commerciales escomptées, il a marqué un tournant en relançant les colognes et connu un succès d’estime incontestable de la profession. Avec leur nom et leur packaging plus branché pour l’époque, T de Tommy Hilfiger, Emporio White for Her ou encore Glow de Jennifer Lopez ont répandu juste après un sillage de pureté des Etats-Unis à l’Europe. 
Les années qui ont suivi, ces compositions transparentes et joyeuses, associées aux beaux jours, 
se sont multipliées. «Elles ont rapidement connu un énorme succès au Japon, où les parfums ne doivent pas être lourds ou envahissants, mais juste sentir le propre», analyse Pierre Aulas.

Et puisque le propre fait vendre, le marketing s’est alors mis à afficher clairement le message du flacon. A l’instar de Cotton, créé en 2006 par Marc Jacobs, «une fragrance facile à porter qui sent le linge frais… La douceur estivale d’un parfum «seconde peau» comme un t-shirt en coton Marc Jacobs. Construite sur un accord floral doux, la fragrance mêle des notes de lavandin et d’agrumes à des accords d’«oxygène liquide et de coton».

Des parfums qui «diffusent des ondes positives»

L’Eau de Lacoste qui, à coup de mandarine, de bergamote, d’ananas blanc, de jasmin et de fleur d’oranger donne la sensation d’enfiler un polo tout neuf du crocodile, l’un des best-sellers de la marque. Ou, plus récent, Lazy Sunday Morning de Maison Margiela, «la réminiscence d’une peau soyeuse, de draps de lin froissés et de l’effluve rassurante d’un linge fraîchement lavé. Le temps ne compte plus, seuls les souvenirs et les sensations importent», reprend le parfumeur.

Rassurant, le mot est lâché. «Ces parfums dont l’odeur est pure, simple, immaculée, et qui renferment à la fois une chaleur douce, voire talquée, procurent une sensation de bien-être et diffusent des ondes positives. Pas étonnant donc que dans la période actuelle plutôt complexe et sombre, les parfums qui capitalisent sur ces sensations soient au goût du jour», constate Pierre Aulas.

Selon lui, l’autre grande tendance du moment en parfumerie – les fragrances gourmandes – s’inscrit également dans cette vague des jus joyeux qui embaument le cœur et ramènent à l’enfance. Et donnent envie de s’enfiler sous les draps pour une parenthèse d’insouciance et de liberté.

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