Lors du débat de samedi, Elena Cogato Lonza, de la Fondation Braillard, soulignait l'absence dans Version D, l'exposition collective présentée à Saint-Gervais, de ce genre d'installations déjà datées où il s'agissait d'enfiler casques, lunettes et autres gants spéciaux, tout un harnachement technologique permettant, disait-on alors, d'habiter l'image. Ici, ce sont bien des environnements, créés par des artistes, qui sont présentés, mais ils ne sont jamais totalement enveloppants, et ce sont les intervalles qui bien souvent en font la richesse, la polysémie. Deux exemples.

L'artiste alémanique Zilla Leutenegger a travaillé à partir d'une image de la lune. Elle nous fait circuler dans cette image, éclatée entre une grande projection dans l'angle de la pièce et des moniteurs posés au sol. Son travail réussit parfaitement à nous inscrire émotionnellement dans ce désert spatial où elle s'est elle-même perdue, perchée sur le toit d'un «Forum hôtel» qui n'abrite aucune rencontre, et d'où elle appelle sa mère d'une voix enfantine.

L'installation de l'Autrichien Hans Schabus comprend elle aussi plusieurs éléments pour conduire le visiteur à construire une histoire. D'abord, un film projeté sur la paroi fait voyager le visiteur sur un circuit ferroviaire installé dans l'atelier de l'artiste. A échelle humaine semble-t-il, alors qu'une minuscule maquette dessine le même circuit dans le plateau d'une magnifique table où sont aussi intégrés tourne-disque (avec un enregistrement composé à partir de sons ferroviaires), cendrier et schnaps! Un plan accroché au mur vient encore compliquer ce passionnant jeu de modélisation.

Les travaux des autres artistes (Le Norvégien Sven Pahlsson, le Néerlandais Myke Tyler, l'Allemand Daniel Roth et l'Américaine Andrea Zittel) construisent tous des environnements selon le même processus d'éclatement.