Révolue l'époque où le marché de la pop se limitait à un va-et-vient incessant entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Depuis le début de la décennie, l'Europe latine a posé ses pions sur l'échiquier du business musical. En jouant sur ses spécificités, son folklore et ses langues. Tant les Négresses Vertes que Manu Chao ou dans une autre catégorie Eros Ramazotti ont réussi à conquérir un large public européen en affirmant leurs racines et en donnant un sérieux coup de lifting, grâce à des orchestrations plus actuelles. Depuis quelques années, une nouvelle offensive est orchestrée de Scandinavie. Si la Suède, avec Abba, Roxette et plus récemment The Cardigans, a su affirmer sa présence musicale, les autres pays nordiques sont longtemps restés en marge du marché international. Mais aujourd'hui la banquise se dégèle et, dans la foulée de Björk, une pléthore d'artistes septentrionaux secouent le monde de la pop.

En accueillant Gus Gus et Jimi Tenor, un collectif islandais et un homme-orchestre finlandais établi à Barcelone, Montreux salue à sa manière le printemps scandinave. Un printemps qu'incarnent aussi l'excellent groupe rock 22-Pistepirkko (programmé à Nyon le 24 juillet), la très belle Islandaise Mòa ainsi que toute l'école techno finnoise (le duo Pan Sonic et les labels Sähko et Sauna). Point commun de tous ces artistes, le recours à l'électronique. Démentant leur origine nordique, ces laborantins de la pop ne proposent pas des hymnes mécaniques et glacés. Tant Gus Gus que Jimi Tenor, pour ne citer que les invités montreusiens, composent une techno pop sensuelle et souvent lumineuse. Leurs ballades gorgées d'influences soul et house attestent d'un esprit artistique butineur, cultivé et collectionneur.

Loin des tenants d'une techno autiste et amnésique, ces musiciens revendiquent un vocabulaire passé, celui de la pop ou de la new wave, qu'ils rénovent en intégrant des éléments types de la dance culture. La répétition hypnotique des rythmes ou des boucles, l'expérimentation, la notion d'environnement sonore sont autant de nouveaux préceptes que ces artistes appliquent à leurs mélodies douces-amères. Tant sur disque que sur scène, cette formule chimique surprenante a des effets euphorisants.

Saturday night special au Miles Davis Hall avec The Egg, GusGus, Nightmares on Wax, Jimi Tenor. Concerts suivis d'une house party avec les DJ's du D! Club (Lausanne): Mandrax & Mousse T, Nicolas, Stephane A, M. Michel, Mark Trade.