LIVRES

Des ogres en famille…

Entre humour et frayeur, entre nature et éducation, les ogres restent une valeur sûre de la littérature pour la jeunesse

«Petit Georges commença sa carrière d’ogre assez tôt, vers neuf ans, en mangeant sa petite sœur, Clotilde, âgée de quelques mois.» Ainsi débute cette histoire pleine de cruauté et de drôlerie, pleine de questionnements sur l’identité, l’éducation, pleine de malentendus aussi, parce qu’enfin, personne n’avait dit à Petit Georges qu’il ne faut pas manger les êtres humains en général, et sa famille en particulier!

Humour corrosif

Tout à cette ignorance, il imaginera même se construire un «humainailler», histoire d’élever des bébés dont il pourra se repaître quotidiennement au petit-déjeuner. Ames sensibles (ou bien-pensantes?) s’abstenir! Chassé, détesté, il va vivre nombre d’aventures toutes plus farfelues les unes que les autres, traversant les siècles et les états émotionnels…

Richement illustré par Gaëtan Dorémus, visiblement inspiré par tant de naïve cruauté, le texte de Denis Baronnet emmène le lecteur dans ce qui pourrait sembler le scénario d’un film d’horreur, mais s’avère en être la joviale parodie, servie par un humour corrosif qu’on retrouve autant dans les mots que dans les dessins, et en particulier dans maints protagonistes malicieusement caricaturaux, auxquels on n’a guère le loisir de s’habituer, puisqu’ils ne font pas long feu…


Jouer à avoir peur… quel plaisir pour les enfants!

Ce livre tout-carton le permet à chaque page: la couverture, sombre et menaçante, promet de rudes épreuves et c’est en effet ce que vivent les nombreux petits personnages, sortes de boules de poils colorées, qui doivent affronter ici un œil énorme et terrifiant, là un grognement effroyable, et plus loin une horrible mâchoire qui les gobe tout crus!

Un texte minimaliste mais parfait

«Purée!», «Ouh làlà», «purée d’purée», «crroc»: le texte est minimaliste mais parfait, car on est dans l’action, la fuite, l’urgence de se cacher – et un savant système de découpes permet aux mini-héros de s’échapper, mais aussi au «méchant» de guigner, de passer un bras, une langue…

Si une première lecture ignore les décors, à peine esquissés en gris pâle (un salon, une chambre d’enfants, une salle de bains…), on ne manquera pas d’y revenir et d’y chercher les multiples indices semés par un Jean Gourounas fin tacticien, subtil scénariste d’un quiproquo au suspens maintenu jusqu’à la dernière page!


Denis Baronnet, «Dans les dents! Une vie d’ogre», illustr. de Gaëtan Dorémus, Actes Sud junior. Dès 10 ans.

Jean Gourounas, «Les ogres», Le Rouergue. Dès 3 ans.

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