C’est un petit bijou éditorial: imprimé en bleu céruléen, avec une touche d’orange pour la pagination et les titres, cet ouvrage d’une élégance parfaite propose en outre de nombreuses illustrations. Signées Gerda Dendooven (qui est, tout comme l’auteur, un grand nom de la littérature jeunesse flamande), elles se déclinent en tons pimpants dans un registre qui allie surréalisme et art naïf.

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Les 45 brèves fables de Bart Moeyaert mettent en scène une oie et son frère: c’est l’hiver, l’un veut partir, comme chaque année, au Portugal, l’autre refuse, s’émancipe. Les voilà bientôt de retour dans la ferme où ils peuvent reprendre leur occupation préférée: observations, spéculations et cancans!
Bart Moeyaert effleure, suggère. Il nous parle de solidarité mais aussi d’individualisme, de liberté, il nous parle de la vie en société et du jugement des autres, des élans du cœur et des soucis du quotidien.

Si le langage est d’une simplicité exemplaire, le sens et la portée des réflexions sont plus complexes. On est les pieds dans la paille mais la tête dans les étoiles, dans une sorte de commentaire du monde et de la vie qui demandera parfois aux plus jeunes un peu de persévérance afin de vraiment goûter à cette géniale philosophie de basse-cour.

Miroirs grossissants

L’édition est ici aussi très soignée: dans son grand format au dos toilé et au papier doux, ce recueil de quatre Histoires de loups ravira les petits et touchera les grands, à qui Mario Ramos manque. Orgueilleux, naïf, stupide, attendrissant, ce loup qui a un si grand besoin des autres pour exister parle très directement aux enfants, tant il est entier dans ses désirs, ses sentiments.

Les trois premiers contes mettent en scène (entre autres personnages savoureux, souvent extraits des contes classiques) un loup féroce et sûr de sa puissance. Il déchantera au gré de rencontres qui seront autant de miroirs grossissants, peu à peu neutralisants. Car Mario Ramos s’est toujours préoccupé des faibles, des fragiles.

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C’est pour cette même raison que la dernière histoire du recueil, Le loup qui voulait être un mouton, s’achève avec le triomphe (douloureusement acquis) d’un louveteau qui voulait tout simplement… voler!

Les délicieuses images de Ramos, si fortes et si douces, accompagnent les héros et les enfants lecteurs dans leur quête du monde.


Bart Moeyaert
Illustr. de Gerda Dendooven
Trad. par Daniel Cunin
L’oie et son frère
La Joie de lire. Dès 10 ans et pour tous.

Mario Ramos
Histoires de loups
Pastel. Dès 4 ans.