Les belles découvertes se suivent ces temps au Victoria Hall. Après le chef britannique Robin Ticciati devant le LSO mercredi passé (LT du 21.10), une nouvelle venue s’est présentée à l’OSR, Oksana Lyniv,

L’Ukrainienne de 43 ans conjugue la direction d’orchestre à l’opposé de son collègue à la tignasse bouclée, de cinq ans son cadet. Avec autorité, rigueur, honnêteté et une énergie parfaitement cadrée, la cheffe assume sans démonstration scénique des choix clairs.

Son apparence, d’abord, en dit long sur son caractère. La silhouette est fine. L’attitude ancrée, mouvante et droite. L’habit, sobre et classe. Longue veste noire cintrée et fendue sur des pantalons assortis pour la liberté de mouvement, et une large ceinture rouge en guise de signature. Un style visuel unique. La brune sérieuse possède un physique et une gestique de danseuse classique.

Aucun gras, tout en muscle

Musicalement, Oksana Lyniv s’impose par sa clarté, sa précision, sa grande sensibilité et une autorité sans dureté. La 9e Symphonie «du Nouveau Monde» de Dvorak en est apparue à la fois limpide et ample, puissante et suspendue, aveuglante et aérienne.

Aucun gras dans cette lecture, mais un muscle aiguisé et efficace. Avec des douceurs presque irréelles, offertes par des cordes soyeuses comme rarement. Les caresses si légères sont portées à un sommet de tendresse dans l’Adagio pour cordes introductif de Samuel Barber.

La capacité de la cheffe à assumer la lenteur et à développer les nuances dans l’épaisseur et la longueur n’est pas si courante. Elle signale une assurance naturelle et une belle confiance dans les musiciens. Les résultats, tant de sonorités que de couleurs ou d’élans souples et tranchants, sont saisissants.

Un respect sacré

Il y a quelque chose d’enfantin dans la volonté concentrée d’Oksana Lyniv à rendre le meilleur. Et une forme de respect sacré dans les partitions qu’elle aborde. Paul Meyer, artiste lumineux, a pu s’appuyer sur la netteté de l’accompagnement du Concerto pour clarinette d’Aaron Copland.

Ses pianissimi surnaturels, son souffle intense, délicat et long ainsi que son incroyable plastique sonore placent le musicien à une hauteur rare. Quant à l’élégance de jeu, très française dans l’intelligence qu’il met à déclamer une prose parfaitement articulée, elle donne du chic à l’aspect jazz de la partition, dans une légère distance de ton.

Après une interprétation virtuose, introspective et stridente, le soliste s’est dissous dans l’orchestre, sur le fil du silence. Entre l’ardeur d’Oksana Lyniv et le rayonnement de Paul Meyer, le courant a passé. Dans la salle aussi.