Okwui Enwezor, la Biennale lui va si bien

En vingt ans, ce curateur americano-nigérian habile et brillant a monté les plus importantes expositions du monde

Il ne lui manquait que la Biennale de Venise pour parfaire son palmarès. Eh bien, c’est fait! Okwui Enwezor, 52 ans, commissaire né au Nigeria, mais citoyen américain depuis 1997, peut désormais accrocher la plus prestigieuse de toutes les expositions internationales d’art contemporain à son incroyable tableau de chasse. Depuis vingt ans, ce ­licencié en sciences politiques nourri à l’intelligentsia new-yorkaise associe son nom aux plus importantes manifestations de la création actuelle. La Documenta 11 de Kassel en 2002, c’est lui, les Biennales de Johannesburg (1997), de Gwangju en Corée du Sud (2008) et la Triennale de Paris en 2012 au Palais de Tokyo, encore lui. Bref, Okwui Enwezor est absolument partout.

Dans le milieu, on le dit d’ailleurs rusé comme un renard. Le commissaire d’exposition italien Francesco Bonami dans un article du Monde le comparait au serpent du Livre de la jungle «Il a la rhétorique et le sourire qui vous piègent. Une fois que vous l’aurez quitté, vous ne vous souviendrez plus de quoi il a parlé, mais le charme agira encore.» Du charme, Okwui Enwezor en a à revendre. Mais de l’intelligence aussi.

Actuel directeur de la Haus der Kunst de Munich bâtie à l’origine par Hitler pour y exposer le «vrai art allemand», il sait mieux que personne sentir l’air de son temps. On se souvient de sa Documenta 11 comme d’un exemple d’ouverture sur des problématiques nouvelles, mais aussi sur cette scène artistique africaine que l’exposition Les Magiciens de la Terre en 1989 avait largement contribué à mettre en lumière. A propos de l’Afrique justement. Le maître de l’art essuie aussi la critique. Certains minorisent son influence, voire la mette carrément en doute, la jugeant davantage proche des artistes occidentaux que de ceux du continent noir. Mais Okwui Enwezor peut aussi arguer du fait qu’en quelques années ila présenté autant d’artistes africains que le MoMA en vingt ans.