L’histoire d’Oleg pourrait être celle de Pavel, Nikos, Mohammed ou Javier. Car il y a dans son parcours d’exilé, d’homme meurtri et humilié quelque chose de malheureusement universel. Oleg, ce personnage qui donne son titre au deuxième long métrage de Juris Kursietis, est un garçon boucher letton. Le voici qui débarque en Belgique, où un travail dans un abattoir lui ouvre de nouvelles perspectives. Si ce n’est que, à la suite d’un accident de travail qui va coûter un doigt à un de ses collègues, il va se voir accusé à tort de l’avoir bousculé. Oleg perd son job en même temps que son avenir.

L’histoire de ce travailleur espérant beaucoup de la capitale européenne, Kursietis la filme au plus près d’un antihéros taiseux et solitaire qui ne semble avoir aucune prise sur son destin. Après avoir réussi à s’incruster dans une fête organisée pour une troupe de théâtre lettone, voici qu’Oleg rencontre Andrzej, un Polonais qui lui propose de le loger et de le faire travailler au noir. Mais Andrzej est aussi peu recommandable qu’une vodka frelatée. Il a une emprise malsaine sur les hommes qu’il aide, une emprise de mafieux à la petite semaine, de petit escroc se rêvant caïd. Il peut se montrer à l’écoute et colérique dans la même seconde, son comportement erratique en fait une bombe à retardement permanente. Oleg en a peur, mais il a aussi besoin de lui. Ou du moins il le croit.

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La caméra à l’épaule et intrusive de Kursietis permet une grande proximité avec le protagoniste d’un récit qui va peu à peu prendre la forme d’un conte initiatique sombre et nihiliste – ce que renforce encore une image carrée et parfois tremblante. Kursietis explique que son film s’inspire d’une histoire vraie. Dans un système où l’Etat ferme les yeux sur une sorte d’esclavage moderne permettant à des entreprises d’augmenter leurs marges, il est au bout de la chaîne alimentaire, dit-il. Est-il une victime expiatoire? C’est en tout cas ce qu’un prologue et un épilogue se déroulant sur la vaste étendue d’un lac gelé recouvert de neige, de même qu’une apparition de L’Adoration de l’Agneau mystique – fameux retable de Jan Van Eyck (1390-1441) figurant un «agneau de Dieu» se sacrifiant pour laver les péchés de l’humanité – semblent vouloir souligner. De manière trop explicite d’ailleurs, affaiblissant au final l’âpre sécheresse d’un film inconfortable.


«Oleg», de Juris Kursietis (Lettonie, Lituanie, Belgique, France, 2019), avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Prochniak, 1h48. Disponible en VOD sur la plateforme Outside the Box.