«Kint», en hongrois, cela veut dire dehors, de l'autre côté. Un mot qu'utilisaient ceux qui aspiraient à l'exil, ou le craignaient, en 1956. Le hongrois, c'est la langue maternelle de la mère d'Olga Baillif qui, cette année-là, encore adolescente, a quitté son pays avec sa famille. Un voyage sans retour. Elle n'a pas partagé cette langue avec ses enfants. Près d'un demi-siècle plus tard, Olga est allée chercher dans les souvenirs de sa mère et de ses cinq oncles et tantes, dans la Hongrie d'aujourd'hui aussi, les liens interrompus, les non-dit, les douleurs de l'Histoire.

Un beau documentaire, à la fois très personnel et exemplaire, d'une jeune réalisatrice qui vit aujourd'hui à Bruxelles, où elle a suivi sa formation cinématographique à l'Insas. Olga Baillif, qui a grandi à Genève, dans une famille très marquée par Mai 68, interroge sa mère et ses oncles et tantes. Tous disent en allemand, devenu leur langue, sauf sa mère qui s'exprime en français, ce qu'a été leur enfance hongroise, du nazisme au communisme. Une enfance d'abord très bourgeoise puis très pauvre, leur père dirigeant une fabrique de locomotives avant d'être poursuivi par le régime communiste. Les relations que ses enfants ont eues avec lui, dont le visage sévère marque, semblent avoir forgé autant de caractères, de réception au monde, de disponibilité à se souvenir.

Olga Baillif a voulu éviter le pathos, mais les émotions mettent trop longtemps à apparaître à l'écran. Elle aurait pu épargner à son film ce trop long tâtonnement pour repasser à son tour de l'autre côté.

Kint, au cinéma Bio, à Carouge (GE).