Critique: Jaime Martín et l’Orchestre de chambre de Lausanne

Olga Peretyatko, étincelante mozartienne

Olga Peretyatko – espiègle et souriante – est consciente de ses charmes. La soprano colorature russe salue le public à la manière d’une diva, faisant la révérence dans un style à peine vieillot qui tranche avec son éclat. Accompagnée par le chef espagnol Jaime Martín et l’OCL mardi soir à l’Opéra de Lausanne, elle a envoûté le public de ses vocalises stratosphériques dans des airs de Mozart.

Si elle en fait un peu trop pour gagner la sympathie de l’assistance, cette cantatrice qui monte – et que certains ont comparée à une deuxième Netrebko – possède un timbre d’une insolente beauté. Loin d’avoir une «petite voix» de soprano, elle se distingue par un médium riche et onctueux, des aigus lumineux et charnels. Elle chante surtout avec une élasticité qui confère toute sa sensualité à la phrase mozartienne.

Olga Peretyatko se mesure à des airs de concert redoutables. Que ce soit dans « Ah se in ciel, benigne stelle» KV 538 ou «No, che non sei capace» KV 419 , la soprano colorature affiche une grande aisance. La voix est unifiée sur l’ensemble de la tessiture, jusqu’à atteindre des contre-mi! C’est à peine si elle accuse quelques fragilités dans le sublime «Vorrei spiegarvi, oh Dio!» KV 418 (pianissimi sur le fil, intonation un rien basse dans le suraigu), en osmose avec le beau hautbois solo. L’air «Schon lacht der holde Frühling» KV 580 est une splendeur – avec une section centrale teintée de douleur. Le chef Jaime Martín (lequel fut d’abord flûtiste) dirige Mozart avec goût et le tempo giusto (Ouvertures de La Clémence de Titus et des Noces de Figaro). L’OCL se distingue par le fruité qu’il cultive dans cette musique.

La Sérénade No1 de Brahms – très rarement donnée – est une heureuse initiative. On savoure cette œuvre de jeunesse en six mouvements (plus de 45 minutes de musique!) qui regorge de trouvailles. Le chef espagnol y forge une sonorité à mi-chemin entre le genre symphonique et la musique de chambre. Alternant verve champêtre et épisodes mélancoliques, les musiciens de l’OCL font valoir l’écriture très ouvragée de Brahms .