A-t-on jamais vu ça dans l'histoire du cinéma? Un même acteur simultanément à l'affiche de sept films. C'est pourtant ce qui pourrait se produire pour Olivier Gourmet, lorsque sortira, en décembre, Bancs publics (Versailles rive droite) de Bruno Podalydès. Ce Belge de 45 ans aura alors été: un policier dans Le Silence de Lorna des frères Dardenne; un flic dans Go Fast d'Olivier van Hoofstadt; l'impresario dans Coluche d'Antoine de Caunes; le commissaire Broussard dans Mesrine: l'instinct de mort, et Mesrine: l'ennemi public, les deux films de Jean-François Richet; et le père du meilleur film du lot, Home de la Suissesse Ursula Meier à découvrir absolument.Depuis 2002 et le Prix d'interprétation obtenu à Cannes pour Le Fils des Dardenne, Olivier Gourmet a tourné dans 38 films en sept ans! 5,4 films par an! Même si la plupart sont des seconds rôles, est-ce bien raisonnable? A voir son interprétation dans Home, d'une drôlerie et d'une vitalité qu'on ne lui connaissait pas encore, la boulimie n'affecte pas son talent.Ni son intelligence. Lundi, lors de la matinée de promotion de Home à Lausanne, celle-ci est davantage qu'intacte. Sur une terrasse, dans les dernières chaleurs de l'année, Olivier Gourmet tresse des couronnes à Ursula Meier (LT du 15.10.2008), ce qui n'est pas rien venant de l'acteur fétiche des Dardenne. Et puis, sa voiture tardant, l'entretien se prolongeant, la rencontre se met à flotter. Il paraît s'impatienter. Tâte ses poches à la recherche d'une cigarette. Et décide de plonger dans l'essentiel. Dans les principes qu'il s'est fixés et qui le maintiennent en équilibre.Petit-fils d'un menuisier, fils d'un marchand de bestiaux et d'une patronne d'hôtel-restaurant à Mirwart, dans les Ardennes belges, Olivier Gourmet, acteur, sur scène à 13 ans, Premier Prix du Conservatoire de Liège, élève du cours Florent et de l'école des Amandiers de Patrice Chéreau, n'était pas un enfant de la balle, encore moins de ceux à qui le succès monte à la tête. «Ce qui me tient à cœur sur tous les tournages, c'est de dire bonjour à tout le monde, d'essayer de solidariser l'équipe avec le réalisateur, de parler et de manger avec chaque personne présente. Leur parler du film surtout, innocemment, pour que tous se sentent inclus.»Son premier rôle au cinéma, celui du père-ogre dans La Promesse des frères Dardenne, lui a valu une reconnaissance immédiate. Mais Olivier Gourmet n'en a jamais tiré une once d'orgueil: douze ans plus tard, il veut croire que ses choix ne le rendront jamais très populaire. Il sait bien qu'il n'en est pas loin. «Je suis à la limite. Je me vois comme le spermatozoïde qui tourne autour de l'ovaire mais qui ne rentre jamais. Je ne veux pas qu'on voie Olivier Gourmet; je veux qu'on voie les personnages qu'on me confie.» Olivier Gourmet s'est parfois laissé gagner, «éteindre et étouffer», par l'estime que les autres lui renvoient. «A force de vivre dans des hôtels, des restaurants, des festivals, des trucs et des machins où on vous flatte, on peut très vite trouver tout le reste fade.» Alors, jusqu'où jouer le jeu? «Un de mes grands combats, c'est résister à la télévision. Je n'y vais pas pour éviter de cracher dans la soupe. Personnellement, je ne verrais pas d'un mauvais œil, pour le bien de la culture, que tout le système s'écroule. Et qu'on puisse tout reconstruire. Je prône partout où je vais la nécessité d'apprendre à nos enfants à être beaucoup plus curieux, dès l'école maternelle. Cette diversification de la culture devrait aussi concerner l'enseignement. Comme père, il m'arrive de parler à des enseignants et je suis souvent sidéré par les choix culturels qu'ils proposent aux enfants, qu'il s'agisse des livres, des spectacles ou des films. Il faut absolument ouvrir les petits à la différence et pas uniquement à ce qui est formaté pour vendre des boissons gazeuzes, comme l'a dit sans sourciller le patron de TF1. Mais je crois que si nous parvenons à entretenir et protéger la nature intrinsèquement curieuse de nos enfants, leur génération fera peut-être machine arrière.»Olivier Gourmet continuera d'enchaîner les films. En plus des sept qui sont ou seront prochainement à l'affiche, cinq autres sont dans le pipe-line. Avec, toujours, cette alternance entre grosses productions et films d'auteurs. «J'ai la chance de venir d'un pays, la Belgique, où quasiment tous les films sont des films d'auteurs ambitieux. Au fond, c'est une chance de ne pas avoir d'industrie: en France, qui en possède une et où les télévisions décident, la situation est catastrophique puisque quatre projets d'auteurs sur cinq n'aboutissent plus et que la plupart des productions populaires sont des navets qui ne devraient jamais être faits. En Belgique, sans industrie, nous n'avons pas l'obligation de faire des entrées: les pouvoirs publics n'ont pas l'obsession de la popularité. C'est sain et ça évite la débilisation à outrance uniquement motivée par l'économie. C'est bien de faire du divertissement. Mais il y a divertissement et divertissement et, aujourd'hui, nous sommes plus bas que bas. Heureusement, il y a des gens comme Ursula Meier. Des gens qui pensent à raconter une belle histoire dans un bon film plutôt qu'à se faire briller médiatiquement.»Olivier Gourmet.«En Belgique, sans industrie, nous n'avons pas l'obligation de faire des entrées: les pouvoirs publics n'ont pas l'obsession de la popularité. C'est sain et ça évite la débilisation à outrance.»