La programmation d’un festival de cinéma est-elle une création? Le métier de directeur artistique est-il, pour une part justement, artistique? Olivier Père préfère dire que non, les épaules rentrées de se retrouver presque en porte-à-faux dans cette série d’été, traité avec les mêmes égards que des musiciens ou des peintres. Le programme de son premier Festival de Locarno présente pourtant, au moins sur le papier, un équilibre qui va sans doute donner un sérieux coup de fouet à la manifestation tessinoise.

«Je n’ai rien à cacher», a-t-il répondu lorsque nous lui avons proposé de nous adapter à la réalité nomade de son activité en allant le voir aussi bien à Paris, où il vit, qu’à Locarno, où il a ses quartiers pour quelques semaines. Rien à cacher, tout à partager. Car c’est ça qui le meut: vivre le cinéma aussi sous la forme de la rencontre humaine. A la veille de ses 40 ans, il s’étonne lui-même de réaliser que tout le menait là: les copains que, petit déjà, il embarquait au cinéma; les cycles qu’il a mitonnés, dès l’âge de 25 ans, pour la Cinémathèque française; les articles passionnés qu’il a publiés dans Les Inrockuptibles depuis 1997. Et puis ce tournant, lorsque, en 2004, il s’est retrouvé délégué général de la Quinzaine des réalisateurs, prestigieuse section parallèle du Festival de Cannes. Olivier Père n’a jamais postulé pour aucune des étapes de cette carrière éclair. Il était là, comme une évidence.

Dans son milieu, il est l’oiseau rare qui se permet de s’asseoir parmi les festivaliers pour découvrir sur grand écran certains des films qu’il a visionnés, avant de les inviter, sur sa télévision ou son ordinateur. Il est aussi l’un des seuls qui réponde présent aux fêtes, et jusqu’à l’aube. Pour entretenir les contacts, le carnet d’adresses. Le nerf de la guerre.

Hors festivals, c’est le contraste. A Paris, dans le salon de son appartement, le bureau est entouré de DVD, de livres et de quelques rares souvenirs. Ici une photo de tournage offerte par le cinéaste Albert Serra; là un cliché pris ce soir de mai 2009 où il avait eu la chance de monter sur scène avec Francis Ford Coppola pour présenter son dernier film, Tetro, au public de la Quinzaine des réalisateurs. A Locarno, dans son bureau, trois ou quatre livres se courent après dans des rayonnages vides.

Paris-Locarno: même sobriété d’un homme qui ne parade pas pour lui-même, mais uniquement pour ce qu’il aime, avec véhémence, sans compromission ni langue de bois. Locarno peut se réjouir.