La chapelle d'un côté, le bordel de l'autre. Paradis de tristesse sent l'encens des messes clandestines et l'excrément des orgies sadiennes. Premier roman du Français Olivier Py, 38 ans, auteur de théâtre ardent, cette œuvre est un chant d'amour chaotique, avec ses éclats éblouissants de douleur, ses souillures et ses crimes. Oui, ce récit, qu'on soupçonne être partiellement autobiographique, est une quête. Cruelle et lumineuse, comme les cierges dans les cathédrales désaffectées. Le héros ne brûle que pour Pascual, idole au crâne glabre du Trap, cabaret et enclave de liberté. Planche de salut visqueuse aussi, où vieillards fétides et fauves bientôt domptés boivent le calice du désir jusqu'à la lie, le temps d'un cérémonial sadomasochiste. La chair n'est donc jamais triste, mais toujours violentée. Si ces supplices en série encombrent parfois la lecture, la langue du poète, elle, ranime le lecteur. C'est qu'elle alterne illuminations et morceaux de bravoure crus. Olivier Py enlumine ainsi la blessure d'amour et chasse d'un coup de plume cavalier la désespérance. A travers Pascual, il rêve d'une «joie» sans nom. Présence du divin pour cet écrivain homosexuel et catholique.