Très attendu, le «Lulu» d’Olivier Py au Grand Théâtre de Genève est un cran au-dessous de ce qu’on pouvait attendre d’un pareil metteur en scène. Il y a fort à parier que le public – qui a applaudi sans la moindre huée jeudi soir – aime ce spectacle tant l’image prédomine. Olivier Py est parti sur une fausse bonne idée: représenter le grand cirque qu’est l’humanité (tel que le suggère le Prologue) avec un gigantesque décor aux couleurs criardes. C’est une référence à la peinture expressionniste des années 20 et 30 (celle de George Grosz et d’Otto Dix en particulier).

On est d’emblée dans le cloaque de l’humanité. Lulu (extraordinaire performance vocale et scénique de Patricia Petibon) est cette naufragée qui n’a plus qu’un bout de bois auquel se raccrocher. «Meine Seele», lit-on sur cette perche de bois. L’image est parlante, mais elle ne suffit pas à cristalliser le propos. Trop souvent, l’œil se perd dans un fatras d’actions et de sous-actions parallèles à divers plans de la scène. Lulu perd les hommes, ceux-ci sont perdus par elle, mais Olivier Py à son tour se perd dans sa grammaire (pertinente par ailleurs) et une surabondance de signes qui finissent s’annuler les uns les autres. Le rapport entre les personnages n’est pas toujours très clair. Et si le sexe est effectivement une machine qui tourne à vide (ces images floutées de pénétration mécanique), le hiatus entre la société bourgeoise bien installée qu’incarne le Docteur Schön (le seul homme qu’elle ait aimé) et la jeune femme qui concentre sur elle le désir égotique des hommes est insuffisamment creusé. Marc Albrecht dirige un orchestre analytique et transparent qui trouve son plein souffle au dernier acte.