Une légende circule sur Olli Mustonen. On dit qu'il se prend pour le fils spirituel de Glenn Gould. Qu'il écoute ses disques depuis tout petit. Qu'il connaît ses interprétations sur le bout des doigts et que c'est pour cela qu'il détache chaque note – le fameux staccato gouldien. Olli Mustonen reproduirait un art qui ne lui appartient pas. Il serait la pâle copie d'une icône. Et si les uns l'adulent, les autres le considèrent comme un excentrique, enfant terrible du piano qui tente de bâtir une carrière sur une ombre du passé. Premier indice: Olli Mustonen ne marmonne pas sur scène. Deuxième indice: il ne s'assied pas sur une chaise éventrée. «J'admire son enregistrement des Variations Goldberg, je le respecte, et si quelqu'un me comparait à Gould, je serais flatté. Mais Gould n'a jamais été un héros dans ma vie.» Le pianiste finlandais, né en 1967, est bien trop créatif pour n'être qu'un clone. Son jeu regorge d'imagination. Son oreille de compositeur – car il compose – l'amène à explorer les partitions occultées de Beethoven, comme les géniales Variations opus 105 et 107, parues chez Decca et BMG. Et nul doute qu'il jettera une lumière inédite sur le Premier Concerto pour piano, qu'il donne ce soir et mardi, au Métropole de Lausanne.

«Je suis né dans une épinette, c'est pour cela qu'on m'associe à Gould, à cause du toucher, explique Olli Mustonen. Enfant je jouais Bach, Scarlatti… J'ai toujours été sensible à l'écriture polyphonique.» Ce toucher un rien martelé court sur l'ivoire du piano comme chat sur braises. Olli Mustonen n'est pas un adepte du legato romantique, il cisèle ses phrases en orfèvre et décrypte les notes qu'ont laissées les compositeurs en cherchant leur sens au-delà de la partition musicale. Et de vanter les miracles de l'intelligence humaine: «Pour moi, la notation musicale est la plus grande invention de l'homme. Dire que Bach et Beethoven ont écrit ces points noirs! Peu importe si c'était hier ou il y a 300 ans. C'est de la musique contemporaine.»

Olli Mustonen est d'autant plus sensible à ces questions qu'enfant, il fondait un bureau des compositeurs. On pouvait passer commande d'une pièce dans le style de Mozart ou Beethoven. Et c'est cet esprit d'improvisation, parfois parodique, qui irrigue toujours ses lectures: «La notation musicale a beau être précise, il faut apprendre à lire entre les notes. Les rythmes des chants traditionnels ont toujours existé. Pendant longtemps, personne ne les a notés. Jusqu'au jour où les compositeurs comme Bach et Beethoven ont pu le faire. Mais la notation a ses limites: il faudrait disposer de notes à durée indéterminée pour reproduire la pulsation irrégulière et vivante de la musique. Faites jouer n'importe quel rythme à un ordinateur, c'est mécanique, c'est la mort.»

Touche-à-tout

Voilà bien le fils d'un professeur de statistiques. Dévorant des livres de mathématiques, d'astronomie et d'histoire, Olli Mustonen révèle une pensée foisonnante: «Si l'on compare la musique à un phénomène en trois dimensions, alors la notation musicale en est l'ombre en deux dimensions. L'intellect ne suffit pas: il faut de l'intuition pour retrouver cette totalité première.» Excentrique, Olli Mustonen? Fidèle à lui-même. «Ce qui me frappe, chez Beethoven, c'est l'humour. Un homme pétri de loyauté et courageux, il a vanté la liberté à une époque où ce mot n'était pas courant. Connaissez-vous ses arrangements d'airs traditionnels? Beethoven y a mis toute son âme, alors qu'il aurait pu les écrire avec la main gauche.» Et le voici qui médite: «J'ai beau chercher des réponses à l'extérieur, je finis toujours par obéir à ma voix intérieure. C'est le seul choix, en définitive.»

Olli Mustonen au Métropole de Lausanne avec l'OCL. Ce soir à 20 h 30 et demain à 20h. Loc. 021/312 28 81