DVD

«Omar m’a tuer» de Roschdy Zem

Roschdy Zem se souvient d’Omar Raddad

Genre: DVD
Qui ? Roschdy Zem (2011)
Titre: Omar m’a tuer
Omar m’a tuer
Chez qui ? TF1 Vidéo

Il a crevé l’écran en 1995, dans N’oublie pas que tu vas mourir, en détaillant, camé jusqu’à la moelle, les rituels et délices du crack. Son intensité induisait un malentendu: cette scène impressionnante constituait-elle une parenthèse documentaire dans le memento mori de Xavier Beauvois? La suite de sa carrière, de Chéreau (Ceux qui m’aiment prendront le train) en Téchiné (Alice et Martin), de comédie (La Fille de Monaco) en drame (Tête de Turc), a établi que Roschdy Zem, 46 ans, est un immense ­comédien.

Comme nombre de ses pairs, l’acteur a eu envie de passer derrière la caméra, exercice risqué qu’il réussit avec aisance. En 2006, il signe Mauvaise Foi, un film sur la mixité confessionnelle qui lui ressemble, élégant, drôle et plein de sourde violence. En juin 2011, juste avant les vacances et les blockbusters de l’été, le second long métrage de Roschdy Zem est sorti en France, discrètement, avant de filer sur le marché DVD.

Dans Omar m’a tuer, le réalisateur revient sur une fameuse affaire judiciaire. Le 25 juin 1991, Omar Raddad, jardinier d’origine marocaine, est arrêté pour le meurtre de son employeur, ­Ghislaine Marchal. Sur les lieux du crime, on a retrouvé, écrit avec le sang de la victime, «Omar m’a tuer». Le coupable est tout désigné. Et condamné en 1994 à dix-huit ans de prison.

Basé sur Omar. La construction d’un coupable, une contre-enquête de Jean-Marie Rouart, et sur l’autobiographie d’Omar Raddad, le film de Roschdy Zem retrace ce qui ressemble à une épouvantable erreur judiciaire à travers deux personnages et deux temporalités.

Il y a Omar, interprété par Sami Bouajila qui, dûment grimé (plus de deux heures pour chausser son faux nez), présente une ressemblance physique étonnante avec l’original, mais exprime surtout la douleur muette de l’innocent châtié. Le réalisateur lui réserve des plans serrés.

Et puis il y a Pierre-Emmanuel Vaugrenard, éditorialiste au Figaro, grand bourgeois de droite attaché à certains principes républicains. Outré par les approximations de l’enquête policière et les préjugés dont elle témoigne, il décide d’élucider quelques questions gênantes. Pourquoi une femme lettrée écrirait «Omar m’a tuer»? Comment, à l’article de la mort, a-t-elle eu la force de barricader une porte? L’enquêteur n’aboutit à aucune conclusion véritable, ne trouve pas de preuves décisives. Mais son livre précipite une révision du procès. Omar Raddad est partiellement gracié, mais pas réhabilité. C’est le volubile Denis Podalydès, Rouletabille vieillissant, qui incarne l’écrivain. A lui les plans larges captant l’agitation.

Habilement construit, précisément reconstitué, engagé sans les lourdeurs du film à thèse, Omar m’a tuer aborde la question du racisme ordinaire et de l’immigration. Quoi qu’il fasse, Omar est coupable. Un petit défaut (les machines à sous) est érigé en preuve d’immoralité. Il ne parle pas français, il ne s’intéresse qu’aux fleurs? Cela fait de lui un suspect…

Le making of se termine par une image étonnante, à l’intersection de la réalité et de la fiction. Le jour où l’on filme la sortie de prison, assis perpendiculairement à l’axe de la caméra, le vrai Omar Raddad, figé, bouleversé, assiste à la reconstitution d’un épisode de sa vie brisée.

Le film de Roschdy Zem, comme ceux de Rachid Bouchareb (Indigènes) ou d’Ismaël ­Ferroukhi (Les Hommes libres), ­témoigne de l’émergence d’une sensibilité nord-africaine susceptible de revitaliser la cinématographie française.

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Sami Bouajila

Interprète d’Omar Raddad

«Omar a une candeur biblique que la machine ne peut écraser»
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