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Ombres et lumières sur Art Basel

Après trois jours réservés aux VIP, la foire ouvre ses portes au grand public ce jeudi. Alain Berset, ministre de la Culture, a visité les lieux avec son homologue autrichien

Ombres et lumières sur Art Basel

Beaux-arts La Foire ouvre ce jeudi au grand public. Mais les principaux collectionneurs ont déjà fait leurs achats

Il reste à visiter les quelque 300 stands. Ou moins selon son appétit

La chaleur monte à Art Basel en ce mercredi après-midi. Non celle des marchés de l’art, mais cette bonne vieille température qui intéresse tout le monde, peu importe son porte-monnaie et ses goûts pour l’art. Le soleil est enfin au rendez-vous, ce qui arrange les affaires de Rirkrit Tiravanija et de ses cuisiniers, installés sur la Messeplatz avec l’installation géante Do We Dream Under the Same Sky . Celle-ci devient vraiment participative et le public fait la queue pour déguster dans de grands bols roses. A l’intérieur de la foire, on parle beaucoup d’art, un peu d’argent puisque les quelque 300 galeries sont là pour vendre. Et un peu de politique aussi. Mercredi, le directeur des lieux, Marc Spieger, a servi de guide à Alain Berset.

Nous avons croisé le conseiller fédéral en charge de la culture sur le stand de Thaddaeus Ropac. Lundi, lors de la remise des Prix d’art suisses, il s’était félicité de la résistance de l’art à sa monétarisation (lire LT du 16.06.2015). Nous le questionnons donc sur sa présence au cœur du marché. «Faudrait-il ne pas venir parce qu’on est critique? Je trouve en effet que certaines problématiques ne sont pas assez abordées mais ça ne m’empêche pas d’être là aujourd’hui avec le ministre de la Culture autrichien que j’ai invité.» Josef Ostermayer était en effet depuis la veille en Suisse pour institutionnaliser des échanges artistiques et en particulier une coopération cinématographique entre les deux pays. Et Alain Berset en a profité pour faire visiter Art Basel et la Fondation Beyeler à son homologue.

On parle donc un peu argent à la foire. Mardi soir, quelques premières ventes étaient annoncées par les galeries les plus communicatives. Rien de bien croustillant encore: une grande toile de Joan Mitchell – deux mètres de large, très aérienne, de 1957 – vendue 6 millions de dollars chez Cheim & Read (New York), un Keith Haring parti à 5 millions chez Skarstedt (New York, London), un portrait de sa fille, Helena, par Marlene Dumas (justement exposée chez Beyeler) à 3,5 millions chez David Zwirner (New York, London) qui a vendu au même prix un Sigmar Polke. Pace (New York, London, Hong Kong, Beijing) a trouvé preneurs pour toute son exposition de Robert Rauschenberg des années 1980 et 1990 dès le premier jour. Et Hauser & Wirth (Zurich, New York, London) annonce avoir notamment vendu les quatre œuvres exposées à Art Unlimited (Zhang Enli, Pierre Huyghe, Martin Creed et Jakub Julian Ziolkowski).

Une simple édition du film de Martin Creed vaut 65 000 dollars. C’est dire que la plupart des prix négociés à Art Basel ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Pourtant, le secteur des Statements reçoit de jeunes galeries, et de jeunes artistes, et invite à faire connaissance avec des travaux encore peu côtés mais souvent très intéressants. Cette année, on y trouve par exemple deux galeries zurichoises, RaebervonStenglin qui présente une installation de Raphaël Hefti, et Gregor Staiger qui montre des grands portraits jumeaux et colorés de Nicolas Party.

Dans le secteur de l’édition, il est aussi possible de se faire plaisir à des prix à quatre chiffres. Comme avec ces gravures de 2015, d’une belle complexité, de Matt Saunders, tirées à 24 exemplaires et proposées par Niels Borch Jensen à 1000 euros. Ce sont des paysages, bois ou étang, où se jouent les ombres et les lumières. Des préoccupations qui préoccupent les artistes depuis la nuit des temps.

Car, avec un peu de recul, un peu de temps à disposition, on peut aussi parcourir les allées d’Art Basel en s’allégeant des questions liées au marché de l’art et à ses dernières actualités. On se donnera des thématiques, des principes, où l’on se laissera porter simplement par ses coups de cœur.

Pourquoi donc ne pas chercher les ombres et les lumières? Un artiste présent sur plusieurs stands est ici tout à fait incontournable, c’est Olafur Eliasson. L’artiste scandinave est un dompteur de lumière. Ces dernières pièces (galeries Tanya Bonakdar et neugerriemschneider) se déclinent en séries de boules de verre qui se font plus ou moins transparentes, colorées ou noires selon le point de vue dont on les regarde. Sans compter leur effet miroir qui place parfois le regardeur dans l’œuvre même.

Ces œuvres sont en quelque sorte les cousines de celles du britannique Anish Kapoor qui depuis longtemps piège et retourne l’image du spectateur dans ses pièces en miroir. Y compris dans des pièces à connotation sexuelle. Tout le monde le sait depuis un bête raccourci polémiste autour d’une pièce désormais connue sous le nom de «vagin de la reine». Mais à Bâle, ce sont surtout de magnifiques monochromes qu’on voit partout. Ils sont presque de simples cercles, magenta, bleu ou violet, picturaux à souhait.

Lumières et ombres, ou plutôt nuées, se jouent encore dans cette étonnante pièce faite de 32 tubes fluorescents et de filtres dus à l’Américain Spencer Finch. L’œuvre, de 2007, qu’on peut voir à la galerie Nordenhake (Berlin, Stockholm), s’appelle Snow Shadow (Giverny, January 8, 2003, 1:10 pm). C’est dire que l’artiste rend ici hommage aux recherches sur les variations de lumière de Claude Monet à Giverny. Spencer Finch est aussi l’auteur d’une œuvre commandée par le National September 11 Memorial & Museum. Trying To Remember the Color of the Sky on That September Morning se compose de 2983 carrés peints à la main sur papier Fabriano – un carré dans une teinte unique de bleu pour chaque personne tuée dans les attentats du 11 septembre 2001 ainsi que lors de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center.

Art Basel, Messeplatz, Bâle, jusqu’au 21 juin. www.artbasel.ch

Alain Berset en profite pour faire visiter Art Basel et la Fondation Beyeler à son homologue autrichien

Spencer Finch rend hommage aux recherches sur les variations de lumière de Claude Monet

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