Ils ressemblent à des moustiques de métal, des insectes qui battent frénétiquement des ailes et dont la tête, à défaut d’antennes, est affublée d’une mini-caméra. Ces cyclopes bourdonnants sont les drones d’Omniscient, une société qui, dans un futur proche, vend son concept sécuritaire aux grandes villes occidentales.

L’idée? Chaque citoyen est suivi 24h/24 par un espion volant qui filme ses moindres faits et gestes, enregistre ses expressions faciales comme le ton de sa voix. «Ce n’est pas la vie privée versus la sécurité, mais la vie privée ET la sécurité», clame le slogan. Car le twist est là: aucun humain ne visionnera jamais ces images. Seul un ordinateur central, régi par l’intelligence artificielle, est autorisé à les analyser en temps réel pour identifier une potentielle infraction. Et à première vue, ça marche: le taux de criminalité des villes sous contrat est au plus bas.

Nina, la vingtaine, est particulièrement convaincue du système. Elle-même a grandi sous l’œil d’un drone et, aujourd’hui programmatrice, travaille chez Omniscient. Geek discrète au look hipster, la jeune femme s’apprête à monter les échelons lorsque le «Big Brother» la trahit: un après-midi, son père est abattu à leur domicile sans que le drone du tueur ne sonne l’alarme. Et comme le veut la règle, impossible d’obtenir les données qui permettraient d’identifier le coupable… Révoltée, Nina se met en quête, illégale, de la vérité.

Insouciance rêvée

Seconde série brésilienne produite par Netflix, Omniscient est signée du cinéaste Pedro Aguilera, qui avait aussi réalisé la première, 3% – un genre de Hunger Games dans lequel les pauvres se disputent l’accès à un paradis virtuel. Figurant parmi les premières séries Netflix en langue étrangère, 3% dévoilera cette année sa quatrième saison.

Lire aussi: «Marseille», événement de Netflix, série déjà vieille

Pour une série qui traite de surveillance, Omniscient est en revanche passée loin des radars des médias. Peut-être parce que, à première vue, son scénario dystopique, à mi-chemin entre Minority Report et Black Mirror, semble un poil réchauffé.

Mais ce qui surprend dans Omniscient, c’est que ce monde n’est pas loin du nôtre, et pas si terrifiant. La société mère ressemble à n’importe quelle start-up, les citoyens peuvent sortir librement de la ville (leurs drones se parquent alors dans des cyber-alvéoles à la gare) et plus personne n’a besoin de cadenasser son vélo, ni de fermer sa porte à clé. Une insouciance dont on rêverait presque en voyant Olivia, une collègue de Nina, qui, en se promenant le soir, croise le regard louche d’un zonard… et continue sa route comme si de rien n’était.

David et Goliath

Surprenant aussi, le pari de cette fiction qui, plutôt qu’étoffer ses personnages (dont on sait somme toute assez peu), se concentre sur les étapes de cette bataille entre David et Goliath version XXIe siècle. Et en profite pour évoquer les dérives, tout à fait plausibles, d’un tel géant d’algorithmes. Daniel, le frère de Nina, galère à trouver du travail depuis que les drones l’ont fiché pour des broutilles au lycée. Déshumanisé, le système judiciaire refuse de lui délivrer le moindre papier. Un des patrons d’Omniscient sort régulièrement de la ville pour assouvir ses pulsions violentes. Quant à Olivia, elle découvre, avec un inconnu, le plaisir du voyeurisme choisi…

Finalement, l’enquête elle-même passe au second plan. Même si on ne comprend pas toujours ses bidouillages sur écrans ou cartes mémoire, on se prend à suivre les manigances de Nina, interprétée par une star locale magnétique, Carla Salle. Evitant de tirer en longueur avec six épisodes, Omniscient, si elle ne révolutionne pas son sujet, se révèle un drôle d’objet télévisuel: plus intrigant qu’inquiétant, à la fois imprévisible et volatile – à l’image de ses mouchards.


«Omniscient», série en six épisodes de 45 min, disponible sur Netflix.