Depuis trente-cinq ans, le Festival Tibor Varga rayonne dans tout le Valais. Grâce à l'abnégation et à l'énergie de Tibor Varga, violoniste, chef d'orchestre, pédagogue et organisateur, qui a fait de Sion un centre important de l'enseignement de la musique. La 36e édition, qui dure jusqu'au 15 septembre (lire encadré), et comprend également les épreuves du concours de violon Tibor Varga, s'est ouverte mardi sur un splendide programme mozartien, avec en soliste le ténor Peter Schreier, invité d'honneur du festival. Gilbert Varga, fils de Tibor et nouveau directeur artistique de la manifestation, dirigeait la Camerata Academica de Salzbourg. Interview croisée des Varga père et fils, dynastie musicale d'exception.

Le Temps: Quel regard portez-vous sur le festival?

Tibor Varga: Quand je suis arrivé ici, la vie musicale était inexistante. Pourtant, par sa beauté, par son calme, parce qu'il est un carrefour des cultures, l'endroit se prête idéalement à la musique. J'ai essayé de rendre l'accès à la musique plus facile pour les gens d'ici. Au fil des ans, j'ai créé une école supérieure de musique qui compte 40 élèves de haut niveau, un festival avec 25 concerts chaque été, un concours de violon qui attire une centaine de candidats, un studio d'enregistrement à la Fondation Tibor Varga à Grimisuat, où déjà plus de 100 disques ont été enregistrés. Je suis satisfait de toutes ces activités, mais je crois pourtant qu'il reste beaucoup à faire. Je suis un peu triste de voir qu'une ville comme Sion n'a toujours pas de salle de concert.

Gilbert Varga: J'ajouterai que pour un festival, mais aussi pour ville, une salle, c'est un point d'ancrage, le centre où tout converge.

– Quelle idée de la musique essayez-vous de communiquer?

Tibor Varga: Pour moi, l'essentiel c'est que chaque note parle, qu'on perçoive la vision du compositeur à travers l'interprétation. C'est infiniment plus important que la qualité de la sonorité ou la perfection technique. Dans la vie musicale d'aujourd'hui, le bruit du marketing a tendance à couvrir la musique. Les musiciens se contentent souvent de rendre le texte dans tous ses détails, mais avec détachement. Mon ami le génial violoniste David Oïstrakh disait: «Le propre d'un grand interprète, c'est d'être unique.» On écoute la musique pour ne pas être seul, pour rendre la vie supportable. Je déteste enseigner la technique, par contre j'aime découvrir à nouveau la musique avec chaque élève, à travers ses yeux et ses oreilles.

– Comment s'opère le choix des artistes invités?

Gilbert Varga: Depuis l'année dernière, je donne carte blanche à un grand musicien, qui élabore 50% de la programmation. Après Jordi Savall en 1998, c'est au tour de Peter Schreier. Avant Heinrich Schiff et Christian Zacharias les deux prochaines années. Ces musiciens peuvent sembler très différents les uns des autres, mais ils ont plusieurs points communs: ils sont tous les quatre chefs d'orchestre à côté de leur activité principale, et ils adorent la musique d'ensemble. Je crois qu'ils partagent la même philosophie de la musique, faite d'écoute de l'autre, de polyvalence et de curiosité. Le programme choisi par Peter Schreier résume ses quarante ans d'activité au service de la musique vocale allemande, de Schütz et Bach à Schubert, en passant bien sûr par Mozart.

– Le festival se déroule sur presque deux mois. N'y a-t-il pas risque de dilution?

Gilbert Varga: C'est avant tout une manifestation valaisanne. Il faut trouver un juste équilibre entre les touristes et les gens d'ici. Nous commençons fin juillet, lorsque Sion et ses environs font le plein de touristes. Mais à ce moment-là, les Valaisans partent en vacances… Alors nous étirons le festival jusqu'à la mi-septembre, pour qu'ils puissent eux aussi en profiter. Nous avons un devoir envers les habitants de la région.