Votations

«On ne peut pas confier le vote populaire à des algorithmes»

Une alliance formée de représentants de plusieurs partis a lancé mardi à Lausanne la récolte romande de signatures de l’initiative visant à interdire le vote électronique 

Des gilets bleus et un slogan – «Pour une démocratie directe sûre et fiable». Mardi, des représentants du PLR, du POP, des Verts, des Vert’libéraux et du PS étaient réunis à Lausanne pour lancer la campagne romande de récolte de signatures pour l’initiative populaire fédérale imposant un moratoire d'au moins cinq ans au vote électronique. 

Qu’est-ce qui explique cette union sacrée? «Ce n’est pas un enjeu partisan!» répondent en chœur Nuria Gorrite, socialiste et présidente du Conseil d’Etat vaudois, Daniel Brélaz, venu représenter le groupe fédéral des Verts, Vincent Koller, député vaudois POP, et Pierre-Antoine Hildbrand, élu PLR à la municipalité de Lausanne.

Ce qui compte, ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes

Daniel Brélaz citant Staline

Leur premier argument est sécuritaire. Plusieurs événements ont démontré qu’il n’est actuellement pas possible de garantir un vote électronique aussi fiable et anonyme que le vote aux urnes ou par courrier.

Les tests de piratage organisés par La Poste en février et mars derniers sont les exemples les plus récents. L’organisme qui a développé le système de votation électronique de plusieurs cantons a mis son code source à disposition de 3200 hackers du monde entier. En quelques heures, des failles ont été découvertes: l’une permettant de modifier le vote et l’autre de savoir qui avait voté, décrivent-ils.

Nuria Gorrite est catégorique: «On ne peut pas confier l’expression populaire à des algorithmes ni prendre le risque qu’elle soit manipulable.» Daniel Brélaz cite ici Staline – «Ce qui compte, ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes» – et précise que l’on ne peut pas partir du principe qu’aucun hacker ne trouvera des failles supplémentaires à l’avenir.

Préserver la confiance

Pour les politiciens, il s’agit aussi de préserver la confiance dans la démocratie directe. «Les perdants doivent pouvoir faire confiance aux résultats pour accepter leur défaite. Le vote électronique ne peut pas totalement offrir cette confiance», estime Pierre-Antoine Hildbrand.

Vincent Koller, ingénieur informaticien, se dit particulièrement concerné par la difficulté de tout un chacun à comprendre le fonctionnement du système d’e-voting. Lui-même n’est pas sûr de tout saisir: «Alors que le dépouillement aux urnes est totalement transparent et réalisé par des êtres humains.» Et permet de recalculer manuellement les voix en cas de litige.

Mettant la démocratie avant les progrès de la technologie, le comité d’initiative contre le vote électronique demande un moratoire d’au moins cinq ans. La campagne a été lancée il y a deux semaines au niveau national. Les comités ont dix-huit mois pour réunir 100 000 signatures.

Vote électronique déjà suspendu

Le système de vote électronique est bouleversé de toutes parts. Fin mars, La Poste a suspendu son système de scrutin en ligne pour les votations du 19 mai après la découverte de la deuxième faille. Ainsi, les électeurs inscrits dans les cantons de Neuchâtel, Fribourg, Bâle-Ville et Thurgovie, affiliés à ce système, ne pourront pas voter en ligne.

Seuls ceux qui utilisent le mode électronique développé par le canton de Genève, qui ne présente pas cette faille, pourront le faire. Il s’agit de l’électorat des cantons de Genève, Vaud, Berne, Argovie, Lucerne et Saint-Gall.

Par ailleurs, fin novembre, le canton de Genève a annoncé qu’il abandonnait son système de vote électronique en 2020 faute de moyens et partenaires financiers suffisants. D’après la RTS, cette décision a entraîné la démission de deux des 10,5 employés engagés à plein temps pour développer le projet d’e-voting et 10 des 15 personnes mandatées à l’externe n’ont pas vu leur contrat reconduit.


De nombreux doutes

Faut-il passer de la phase d’essai du vote électronique à une mise en exploitation? Les partis et associations faîtières consultées ont jugé que non en réponse à la consultation lancée par le Conseil fédéral: le vote électronique n’offre pas encore assez de sécurité et de nouveaux tests sont nécessaires. Le Parti pirate demande son abandon immédiat car «son histoire en Suisse montre bien que le vote électronique sécurisé, fiable et compréhensible est aujourd’hui une illusion». Les Suisses de l’étranger et les personnes avec un handicap y sont plus favorables pour exprimer leur voix plus facilement. L. G. 

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