Questions à Timée Herren

«On doit être puissant et délicat»

Dans le cadre des Journées européennes des métiers d’art, Timée Herren ouvre les portes de sa forge, près de Bex. Il est un des soixante artisans présentés lors de cette manifestation

«On doit être puissant et délicat»

Questions à

Doreur-encadreur, tisserande-lissière, tavillonneur, sabotier. Ou encore feutrière, luthier… Ce week-end, les Romands pourront découvrir une soixantaine de professions rares. Le cadre? Les Journées européennes des métiers d’art, lancées par la France en 2002 et rejointes progressivement par les villes et cantons de Genève, Vaud et du Jura. L’an dernier, nous avions rencontré Nicolas Félix, taxidermiste à Genève. Un moment saignant et édifiant (LT du 03.04.2014). Cette année, c’est Timée Herren, 26 ans, forgeron près de Bex, qui répond à nos questions. Créée en 2008, sa forge se visite sur inscription. Chaud devant.

Le Temps: Timée Herren, qu’allez-vous présenter aux amateurs qui viendront à la Forge des Posses vous voir travailler?

Timée Herren: Avec mon apprenti, Marc Germanier, nous allons nous concentrer sur le côté forge du travail, sachant que dans ce métier, on fait aussi beaucoup de soudure, de montage d’éléments, comme des grilles de fenêtres, des barrières et des portails. D’ailleurs, pour éclaircir les appellations, la forge désigne uniquement le lieu dans lequel on façonne le métal, tandis que la ferronnerie désigne toutes les étapes, d’assemblage et de réalisation de l’objet. Ainsi, je suis aussi ferronnier d’art, mais je me présente comme forgeron, car forger est ce que je préfère.

– Sur votre site, il est indiqué que vous réalisez des cloches, des sonnailles exactement. Comment façonne-t-on une cloche?

– On prend une plaque en tôle sur laquelle on estampille d’abord le logo de l’entreprise. Ensuite, on chauffe cette plaque, on la pose sur une forme femelle de la sonnaille, c’est-à-dire sur une forme négative de la cloche et on tape sur le métal avec un marteau spécial. A ce moment, on a une moitié de cloche brute, dont la surface est bosselée. On reprend ensuite cette demi-cloche à froid et on la retape doucement pour retendre le métal de façon à ce qu’elle sonne bien. Pour les journées des métiers de l’art, on exposera une cloche à trois moments différents de sa réalisation. Mais ce n’est pas l’objet que l’on réalise le plus souvent dans l’exercice de notre métier. La plupart du temps, les clients nous commandent des grilles de fenêtre et des portails que nous réalisons soit sur la base de croquis dessinés par le commanditaire, soit en laissant parler notre créativité.

– Avez-vous déjà eu l’occasion de travailler sur des productions artistiques, type spectacles, expositions, etc.?

– Oui, nous avons réalisé les animaux d’Urban Zoo, une installation de Steve Bonny pour le Festival Lausanne Lumières. Ce sont des animaux dessinés par des enfants qu’on a forgés en grand. Et nous avons aussi façonné des grilles de fenêtre pour l’artiste Valentin Carron.

– Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour devenir un bon forgeron?

– Déjà, il faut beaucoup de passion, car c’est un métier assez exigeant. Nous sommes environ une vingtaine de forgerons en Suisse romande. Ensuite, il faut de la force physique, une tolérance à la chaleur et à la fumée, même si une hotte de cheminée aspire les émanations toxiques de la forge. Le métier nécessite encore pas mal de précision, d’habileté manuelle pour réaliser de petits objets. Enfin, on a besoin de créativité. C’est un métier qu’on associe souvent à la puissance, mais il a sa part de délicatesse, quand on y pense!

JEMA, du 27 au 29 mars, www.journeedesmetiersdarts.ch

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