Scènes

«On a tous un Blue Man en nous»

Véritables stars mondiales, bien qu'anonymes sous leur maquillage, les trois silhouettes azur du Blue Man Group font escale pour la première fois en Suisse romande. Qui sont-elles, et que faut-il attendre de ce spectacle atypique? Réponses du directeur artistique de la tournée

Visages bleus et luisants, crânes chauves, regards fixes: leur look reptilien, presque inquiétant, interpelle. Et fascine le public depuis plus de 25 ans. Fondé en 1991 à New York par trois amis artistes, Phil Stanton, Chris Wink et Matt Goldman, le Blue Man Group a gesticulé et tambouriné sur les scènes du monde entier. Des shows étranges et colorés applaudis par 35 millions de spectateurs, mais aussi trois albums, un livre et des résidences permanentes dans plusieurs villes américaines: le groupe s’est mué en vrai empire azur.

Alors que le trio s’apprête à investir le Théâtre de Beaulieu de Lausanne, David Bray, directeur artistique de la tournée après avoir revêtu le costume bleu pendant 12 ans, nous explique les dessous de ce curieux succès.

Le Temps: Cette semaine, le public romand découvrira pour la première fois le Blue Man Show. Que peut-il en attendre?

David Bray: Nos spectacles sont un mélange de comédie, de musique live et d’impressionnantes démonstrations d’adresse. Les trois Blue Men, accompagnés sur scène par un groupe de musiciens, détournent des objets du quotidien auxquels on ne fait en général pas attention, comme de simples tuyaux par exemple, pour les transformer en de véritables instruments d’orchestre. Le tout agrémenté de nombreux effets visuels, pour une expérience fun et différente.

– Des jeux de lumière, mais aussi de peinture…

– Tout à fait. La percussion dans des bidons à peinture fluorescente est d’ailleurs l’un de nos numéros phare, que l’on retrouvera aussi dans ce nouveau spectacle. Entre les couleurs, les vibrations et l’odeur de peinture, c’est un show multisensoriel! Et si beaucoup l’associent à du divertissement pour enfants, de par son côté un peu loufoque et chaotique, le spectacle résonne aussi auprès des adultes, car il les reconnecte avec des sensations fortes, presque tribales. Le Blue Man Group encourage le public à s’émerveiller et à se lâcher, ce qu’il a de moins en moins l’occasion de faire dans la société d’aujourd’hui.

– Que représentent ces Blue Men, pourquoi sont-ils tous bleus?

– Les fondateurs n’avaient pas en tête de créer un personnage à proprement parler. Disons que le Blue Man se veut le reflet de l’être humain dans son essence, dans sa plus brute apparence. Ce qui explique d’ailleurs le choix de la couleur: si le rouge peut être associé à un personnage diabolique, ou le vert à un extraterrestre, le bleu reste relativement neutre, ce qui permet à chacun de s’identifier à lui. Sur scène, les Blue Men ne parlent pas mais interagissent, avec leurs gestes et leurs regards. Il y a des moments de tensions aussi. Cela nous renvoie à des situations qu’on a tous déjà vécues.

– Comment expliquer le succès de ces drôles de bonshommes?

– Justement parce qu’ils évoquent des thèmes universels, à commencer par les interactions humaines, nos modes de communication et nos relations aux nouvelles technologies. Le spectacle se renouvelle donc constamment pour rester à la pointe de la modernité. Dans cette nouvelle édition, nous avons par exemple une scène intitulée «Walking and Texting», inspirée de cette habitude qu’ont les gens à se balader la tête baissée, le nez dans leur téléphone, jusqu’à se rentrer dedans!

– Qui se cache en réalité derrière les Blue Men?

– Beaucoup de monde! En plus des équipes techniques, nous comptons aujourd’hui entre 60 et 70 Blue Men actifs dans le monde, qui donnent de multiples représentations simultanées. Je suis moi-même un Blue Man et j’ai donné plus d’un millier de shows ces douze dernières années. Je me produis moins aujourd’hui, mais je me charge parfois d’auditionner et entraîner les nouvelles recrues. Malheureusement, pas de femmes parmi elles en ce moment, mais nous cherchons à nous diversifier!

– Est-ce dû à un obstacle d’ordre capillaire?

– Oh non, nous comptons parmi les Blue Men de nombreux hommes chevelus! Le problème est plutôt qu’elles ne pensent pas que ce rôle leur est accessible. Alors qu’en réalité, il suffit simplement d’avoir le sens du rythme, d’être à l’écoute et de savoir se servir de son corps pour s’exprimer. Surtout, il faut être prêt à se rendre vulnérable, se mettre à nu sous le costume et les couches de maquillage. L’expérience est libératrice et je crois que tout le monde devrait s’y essayer. Nous avons tous un Blue Man en nous!

– En tant que directeur artistique, comment concevez-vous les nouveaux numéros?

– Au quotidien. Je me pose souvent la question: «Que feraient les Blue Men dans cette situation?» et j’essaie d’en tirer quelque chose de drôle et d’intéressant. Nous travaillons ensuite avec notre laboratoire de développement, à New York, où de petits génies qui manient les prises et les électrodes donnent vie à nos idées en les transformant en installations qui bougent et s’allument.

– Après les albums et le livre, où va s’exporter le Blue Man Group?

– Au pays du Soleil Levant! En 2016, nous avons emmené pour la première fois notre spectacle en Chine. C’était une expérience fascinante et le public a été particulièrement réceptif. Nous planifions d’y retourner prochainement.


Blue Man Group, Théâtre de Beaulieu de Lausanne, du 10 au 21 janvier. Informations: www.opus-one.ch

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