Après 14 films tirés de la saga, pas de surprise, One Piece: Red est un film pour les fans et personne d’autre. Destiné à célébrer les 25 ans du début de la publication du manga phénomène, en juillet 1997, ce long métrage d’animation arrive sur les écrans alors que l’auteur Eiichiro Oda vient d’annoncer que la publication papier entrait dans sa dernière ligne droite. Et avec une promesse d’autant plus alléchante que ce film doit introduire un personnage étroitement lié au passé du héros, Luffy. Traditionnellement, les longs métrages développent une histoire parallèle à la trame narrative principale, mais ce personnage devrait intervenir dans la suite des aventures de One Piece.

Pour ceux qui auraient échappé au phénomène, One Piece est tout simplement le manga le plus vendu dans le monde. Un peu plus de 500 millions d’exemplaires, pour une centaine de tomes au total. L’œuvre suit les aventures de Monkey D. Luffy, un jeune pirate déterminé à retrouver un mystérieux trésor, le One Piece, caché par le légendaire seigneur des pirates Gol D. Roger avant son exécution – et ainsi lui succéder. Accompagné de ses amis et membres d’équipage, il parcourt les océans affrontant la marine, qui incarne l’autorité gouvernementale et maintient l’ordre, ainsi que d’autres pirates de plus en plus puissants.

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Tout pour la musique

Pour ce nouvel opus, on retrouve Luffy et ses camarades dans une foule assistant au concert d'Uta, chanteuse mondialement connue, parmi les ruines de l’île d’Elegia. Lassée par la violence du monde qui l’entoure, la musicienne a un plan pour sauver les plus faibles victimes des affrontements entre les pirates et la marine. Plan qu’elle compte mettre en œuvre coûte que coûte grâce à son pouvoir basé sur le chant.

Le film prend rapidement des allures de comédie musicale, avec de nombreuses chansons venant interrompre l’action. Des titres interprétés par la jeune chanteuse Ado en compagnie d’autres artistes japonais dans le film en version originale. S’il s’agit d’une première pour One Piece, ce choix semble un peu artificiel. Très vite, le spectateur ne sait pas s’il regarde des scènes de combat entrecoupées de clips ou inversement. L’intégration au scénario de ces passages chantés n’a pas d’autre justification que l’activation du pouvoir d’Uta.

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Un côté très frénétique que l’on retrouve aussi dans la succession de personnages à l’écran. Après 14 films et des milliers de pages, il est compréhensible que certains concepts ne soient pas réexpliqués et que des personnages ne soient pas introduits. Mais certaines apparitions éclair ne peuvent pas s’expliquer autrement que par une volonté de contenter les fans.

Une absence d’audace

Les ingrédients qui ont fait le succès de One Piece, scènes de combat frénétiques, touche d’humour et personnages loufoques, sont bien présents, et en quantité. Hormis le choix de la comédie musicale, ce film réserve cependant peu de surprises et offre un résultat un peu plat pour une célébration de quart de siècle. L’animation est fluide et maîtrisée, dans la lignée des plus de mille épisodes de la série animée, elle aussi réalisée par les studios Toei. Et hormis quelques éléments sur le passé de Shanks le Roux, le mentor de Luffy qui lui a donné son emblématique chapeau de paille, les grandes révélations attendront.

Cette absence d’audace surprend, d’autant qu’Eiichiro Oda a lui-même supervisé ce film, un élément plus que mis en avant dans les bandes-annonces. Alors qu’à la différence de ses prédécesseurs, One Piece: Red devait venir enrichir la trame narrative du manga, il devient lui aussi dispensable. Le film donne le sentiment d’être surtout destiné à faire monter la sauce de l’ultime arc des aventures de Luffy et son équipage, tout en s’assurant un succès dans les salles.


One Piece: Red, de Goro Taniguchi (Japon, 2022), 1h55.