La rumeur a fusé. Öper öpis grise. Ce trésor - sept danseurs acrobates sur une pente affolante - attire depuis dix jours la foule au Théâtre de Vidy à Lausanne. Plus un siège de libre, s'étonneraient presque Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot qui cosignent le spectacle. Le premier danse, maigreur à la Chaplin; le second fait tourner, d'un doigt envoûteur, des vinyles sur des pick-up de brocante. Depuis dix ans, ils construisent des pièces qui sont autant de paysages en carton et en bois léger; de poèmes aux pieds zélés. Ils sont enfants de la bricole; modulent matériaux, corps, sons; et séduisent l'Europe comme aucune autre troupe en Suisse. Öper öpis est assuré de tourner pendant deux ans, ce qui est considérable.

D'où vient le charme? D'une excentricité partagée. L'amitié est le ressort de l'édifice. En ouverture, Martin Zimmermann, cravate raide sur chemise blanche, pose des cônes sur toute la longueur d'un plateau pentu. L'un tombe et tous suivent. Plaisir de l'effet boule de neige. A main gauche, devant ses tourne-disques, Dimitri de Perrot orchestre un feu d'artifice rythmique. Bientôt, le plateau tout entier s'enivre, balançoire géante. Des chaises valsent. Un bellâtre (Rafael Moraes) en blanc trousse une demoiselle aux rondeurs éloquentes (Eugénie Rebetez). Ailleurs, une créature à l'échine pliable (Blancaluz Capella) marche sur les mains. Plus tard, un voltigeur (Victor Cathala) juché sur un piédestal jettera dans le vide sa partenaire (Kati Pikkarainen), puis la rattrapera, avec la foi d'un amoureux qui ne veut pas laisser se briser sa fée de cristal.

Öper öpis est un jeu de formes et de poids, à la croisée du cirque et des arts plastiques. Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot ouvrent les portes de leur préau. Ils chérissent le déséquilibre, gage de la surprise - un plateau qui chavire, l'amour en fuite. Ils jouent sur le damier de leur inquiétude. Loin des courants porteurs, au plus près d'une innocence burlesque. C'est ce qui les rend si désirables.

Öper öpis, Lausanne, Théâtre de Vidy, jusqu'au 12 novembre (loc. 021/619 45 45); 1h10