Pourquoi donc parler d’une aventure immobilisée et retardée? D’un projet qui ne devrait voir le jour que dans un an, dans le meilleur des cas? Justement parce que rien n’a été stoppé malgré la situation sanitaire. La plateforme d’expérimentation OperaLab fonctionne à plein grâce au télétravail et à la volonté inentamée des artistes en jeu.

«Les choses avancent bien. Faire le point sur la situation aujourd’hui permet de se rendre compte du travail déjà accompli. Et de lever un bout du voile sur la création en cours.» En excellente communicatrice, Tania Rutigliani défend son bébé avec la même passion qu’elle avait mise à le présenter (LT du 17.10.2019).

Concept évolutif

Il faut dire que l’expérience pilote, unique et audacieuse, mérite bien un petit tour d’horizon intermédiaire. Même si le concept reste évolutif, la partition, la scénographie et la mise en scène sont déjà en place. Les premières rencontres pour les répétitions se dérouleront en mars et juillet prochains pour aboutir à une grande première très attendue au tout début de septembre 2021.

Les 14 alumni et les 19 musiciens sélectionnés dans les hautes écoles de musique et de théâtre ne chôment pas. Danseurs, comédiens, artistes lyriques, instrumentistes, compositeur, librettiste, décoratrice, costumière et designer d’interaction mêlent leurs sensibilités et leurs savoir-faire autour d’une étonnante proposition. Il s’agit en effet rien de moins que de révolutionner les codes de l’opéra! Vœu pieux?

Tout est mis en œuvre pour que le rêve devienne réalité, grâce à des partenaires privés engagés à hauteur d’environ 600 000 francs et d’institutions publiques mettant à disposition leurs locaux, enseignement, expérience, matériel et organisation.

Une belle utopie commune

On comprend l’impatience générale, malgré la déception de ne pas avoir pu présenter l’ouvrage ce mois. L’expérience inédite souhaitée par Aviel Cahn à son arrivée à la tête du Grand Théâtre ne touche de loin pas que l’institution lyrique. Elle englobe aussi la Comédie, la HEM, Flux Laboratory, la HEAD, la Manufacture, l’Institut littéraire suisse de la Haute école des arts de Berne ainsi que l’Abri et la Bâtie, venus compléter l’équipe en cours de route. Une sacrée collaboration autour d’une grande responsabilité et d’une belle utopie communes.

Qu’annonce-t-on aujourd’hui? D’abord, le titre: Huit Minutes. Ensuite le sujet: le soleil va disparaître. Que faire de cet inévitable et terrible événement? Se lamenter et sombrer dans l’angoisse ou vivre dans l’espoir? C’est la deuxième solution qui est choisie.

Sa déclinaison se déroule sur tous les niveaux. «L’esthétique de la scénographie se veut pure et minimaliste, adaptée à la scène du Cube de la HEAD, explique Tania Rutigliani. Visuellement, la technologie est bien sûr très présente avec l’utilisation de la vidéo notamment et l’intervention du design interactif entre l’image et le son.»

La force du rituel

«Du côté musical, le style de l’oratorio et de la messe se conjugue à des formes sonores électroniques et un mélodisme plus traditionnel. Le chœur, le chant, la déclamation parlée et la psalmodie agissent comme un répons de liturgie. Car la mise en scène s’appuie sur la force du rituel pour conjurer le sort. Un cérémonial auquel le public sera convié à participer activement, en véritable protagoniste. Cela va être incroyable!»

Il ne reste plus qu’à souhaiter que la liberté de traitement et l’interdisciplinarité «extrême» de Huit Minutes opèrent comme un révélateur sur l’imaginaire des jeunes artistes à l’ouvrage. Rendez-vous dans une année.