Opéras et orchestres se webisent

Classique Le streaming gagne du terrain en terres romandes

Medea souffre, éructe et pleure. La formidable soprano canadienne Alexandra Deshorties incendiera une dernière fois la scène du Grand Théâtre vendredi soir. La plus belle production de la saison lyrique genevoise se terminera en laissant derrière elle un souvenir puissant.

Mais ceux qui n’ont pas eu la chance – ou l’opportunité – d’assister à l’une des six représentations de l’opéra de Cherubini se consoleront: l’écran magique est là. Avec un système qui s’est installé depuis une petite année: le streaming. En live ou différé, il complète les rares retransmissions sur les chaînes traditionnelles, peu en direct et souvent à des heures tardives.

L’avantage, c’est évidemment que les institutions lyriques et symphoniques peuvent porter leurs spectacles et leurs concerts jusque dans les maisons, les bureaux, les gares ou les aéroports. Chez soi ou à l’étranger, en boucle 24h/24, 7 jours/7, et gratuitement pendant six mois! Une révolution tranquille est en marche. Le Grand Théâtre et l’OSR se sont, comme l’Opéra de Lausanne ou l’OCG, associés à la RTS pour bénéficier de ce mode de diffusion élargi, convivial et accessible en quelques clics, si le réseau ou le Wi-Fi sont bons.

Micros cachés

Cela n’échappe pas aux plus fins observateurs: les petits micros disposés sur les chanteurs, dans Medea de Cherubini, ne sont pas invisibles. C’est que le metteur en scène Christof Loy ne veut pas des capteurs sonores habituellement distribués sur la scène. Il a donc fallu installer sur les perruques, accrocher aux oreilles ou aux vêtements de petits mouchards que les chanteurs n’apprécient pas toujours.

Non, ces micros ne sont pas prévus pour diffuser en salle des voix amplifiées, comme certains le craignent. La sonorisation est au contraire mise en place pour capter le son sans que les mouvements, bruits, déplacements, éloignements ou rapprochements soient gênants à l’écran et à la radio. Chantal Bernheim, responsable des «relations extérieures», et organisatrice des manifestations musicales à la RTS, souligne l’efficacité des partenariats qui rendent possibles ces opérations.

«Arte Concert est un de nos coproducteurs réguliers. Mais sur certaines productions, nous pouvons être jusqu’à sept partenaires. Le premier accord de streaming a débuté en mai 2014 par un concert de l’OSR avec l’organiste Cameron Carpenter. Puis la Wally de Catalani a suivi en juin au Grand Théâtre. Depuis, nous avons proposé onze rendez-vous entre Genève, Lausanne, Evian, Nyon, Rolle, ou Paris. Trois opéras (avec aussi Iphigénie en Tauride de Gluck) et un ballet (Casse-Noisette) ont complété les concerts. Nous espérons une moyenne de neuf captations annuelles à l’avenir.»

En attendant, l’équipe de sept techniciens placés sous la direction de Jean-Jacques Schaettel et Lise Lemeunier, de la maison coproductrice Ozango, surveillent la captation à découvrir en direct vendredi. Sur vos écrans de télé, ordinateurs, tablettes ou smartphones…

Medea, ve 24 à 19h30 puis pendant six mois sur RTS.ch, concert.arte.tv/fr