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«Operation Red Sea»: mieux vaut ne pas énerver l’armée chinoise

Le Festival international du film fantastique de Neuchâtel montre un film de propagande en faveur de l’Armée populaire de libération, signé du Hongkongais Dante Lam. A côté, Michael Bay donne dans la camomille

Le cinéaste Dante Lam est de Hongkong, c’est-à-dire en zone un peu libre. Il a signé quelques films mémorables pour les amateurs, dont Beast Cops en 1998. Les choses évoluant, le voici aux commandes d’un film d’action délirant d’intensité, à la gloire de l’armée chinoise.

Montré ces jours au Festival international du film fantastique de Neuchâtel, Operation Red Sea s’inspire d’une réelle évacuation de civils chinois au Yémen en 2015. Le pays est rebaptisé dans le film, mais personne n’est dupe. Des rebelles islamistes veulent prendre le pouvoir au «Yémaire», en VF; ils mettent en danger quelque 500 Chinois présents dans le pays. En parallèle, une journaliste chinoise, qui enquête sur un magnat de l’uranium, suspecte que des éléments de combustible pouvant servir à fabriquer une bombe sale changent de mains, cachés dans les sables du pays…

Guérilla urbaine et bataille de tanks

Que les amateurs d’action sans pause se précipitent à Neuchâtel. Operation Red Sea représente 2h12 de scènes de guerre et de commandos quasiment non-stop. Les auteurs chinois ne s’embarrassent pas des ficelles des manuels de scénarios américains pour favoriser l’identification aux personnages. Ici, il y a un seul gadget scénaristique, une niaise histoire de bonbons qui récompensent l’exploit – et qui seront donnés au héros agonisant après qu’il s’est fait arracher la moitié du visage ainsi qu’un bras.

Les curieux ont donc droit à une opération musclée de sauvetage d’un navire marchand, une longue scène de guérilla urbaine pour libérer une rue, une bataille dans les collines rocailleuses, une décapitation en vidéo par les barbares, une infiltration du camp desdits barbares, une guerre en cité retranchée, un combat de tanks et une tempête de sable. Cette liste n’est pas exhaustive.


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Michael Bay, ce cinéaste auteuriste

Le film a coûté moins de 80 millions de dollars, le quart d’un blockbuster américain. Même dans l’audiovisuel pétaradant, les Chinois cassent les prix. Les gens du NIFFF précisent qu’il a été commandé à la fois pour le 90e anniversaire de l’Armée populaire de libération, et pour un congrès du parti. Le film offre beaucoup de bougies.

La propagande tonitruante gagne quelques crans en matière de densité des explosions. A côté d’Operation Red Sea, avec notamment son Pearl Harbor, Michael Bay – lequel est aussi un propagandiste, lui au service des bottes yankees – a l’air d’un imprimeur d’affichettes sur stencils.

Quand la propagande décroche

Reste à savoir si l’énormité du dispositif sert vraiment la gloire du commanditaire. L’œuvre s’enferme dans son monde de gros pneus et de fusils d’assaut à un point tel qu’elle semble se déconnecter de son propre sujet. Majeure, l’influence du jeu vidéo a cet effet, arracher tout film du réel. Le physique des acteurs mis à part, Operation Red Sea pourrait être une énorme production suisse vantant l’armée parfaite de Guy Parmelin; au fond, on s’en ficherait. C’est plutôt bon signe, non?


Operation Red Sea au Festival international du film fantastique de Neuchâtel, jeudi 12 juillet à 14h30.

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