Pluie, tonnerre, éclairs. Parkas, parapluies et quais déserts. Oubliez la cohue vécue ici les jours passés. Ce lundi, les abords du 2m2c, centre des congrès où se déroule le Montreux Jazz, sont comme entrés en sommeil. A l’Auditorium Stravinski où jouent The Kills, sueur, morsures ou coups de poing attendent pourtant l’amateur de frissons.

En fond de scène: un imprimé dévoilant un paysage volcanique désolé. Sur scène: le duo le plus excitant que le rock ait offert ces quinze dernières années. La chanteuse américaine Alison Mosshart et le guitariste minimaliste anglais Jamie Hince. Ensemble, seulement accompagnés par une boîte à rythmes et conduisant un répertoire où les sons sont des barbelés et les beats, trempés dans le plomb, ils ont rappelé combien, ramenée à l’essentiel, la pop peut être sexy et mordante, glamour et méchante.

Pourquoi alors s’afficher maintenant accompagnés d’un personnel chargé de martyriser fûts et claviers? Pourquoi renoncer à l’intensité animale qui les caractérisait et, devenus quatuor, se risquer à ressembler à tout le monde? Probablement parce que durer dans le rock signifie nécessairement se poser la question de sa pérennité. Pour cela, pas d’autre choix que d’évoluer. Quitte ici à renoncer à jouer comme autrefois collé-serré lors de boléros follement sexualisés pour se contenter d’occuper sagement son périmètre de scène. On craint avoir perdu The Kills? On se trompe. En quelques titres aux airs de cathédrale en ruines, la paire retrouve son âpreté, dessinant au marteau un final douloureux, mais somptueux, qui traduit l’angoisse du déclin et de la fin des temps.

Hymnes hooligans

Questionner le vieillissement dont on sait combien il sied mal au rock? Les artilleurs de Kasabian, eux, l’évitent. Parfum de pubs anglais, refrains bouffis taillés pour les derbies, énergie confinant à la rixe, les orgueilleux autrefois envisagés comme les principaux rivaux d’Oasis dernière mouture délivrent leur pop arrogante, inconséquente, comme l’était vingt ans plus tôt le mirage britpop.

Indifférent à leur conservatisme et laissant le «bad boy» Tom Meighan à ses hymnes hooligans, on prend au Lab le pouls d’une scène nourrie aux esthétiques eighties, et dont les groupes Metronomy et La Femme s’affichent comme les meneurs impossibles. Des premiers, Anglais hier chics aujourd’hui convertis aux T-shirts blancs cheap, on retiendra le funk bondissant rendu irritant par l’emploi têtu de sonorités kitsch comme droit issues de l’ère italo-disco.

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Des seconds, on dira le dilettantisme convenu, moins une pose snob qu’un rempart hissé afin de les protéger de l’intérêt disproportionné qu’ils suscitent cet été. Une hype dont ces artistes français cherchent à se protéger et qui les pousse à proposer ce concert bizarre où l’on chante et joue sans entrain – exactement comme si l’on ne faisait rien. Mais rien, disait Andy Warhol, «c’est passionnant, parfait».