L’an dernier, Marco Solari, président du Festival de Locarno, a adressé un message simple aux journalistes: «Le Festival se porte bien». Il l’a réitéré hier matin, à Berne, lors de la conférence de presse: «Le Festival se porte encore mieux que l’année passée». Efficacité de l’organisation, renouvellement et fidélité des sponsors, la manifestation tessinoise tient le cap au milieu de la crise économique. Il s’offre même le luxe d’une délocalisation spatiale et temporelle en organisant avant Pâques trois jours sur le thème Image et Parole, ou la rencontre entre le film et le livre entre les cinémas de Locarno et le Monte-Verità.

En 2011, le Festival frappait un grand coup glamour en convoquant Harrison Ford et Daniel Craig. Pour des raisons de date, pas de blockbuster sur la Piazza grande cette année. Olivier Père, directeur artistique, le reconnaît sans ambages: «C’est la première année qu’il n’y a pas d’extraterrestres à Locarno. Mais certains films sont des ovnis, alors…»

Le cinéma indépendant américain revient en force dans le Concorso internazionale. Le cinéma suisse est à l’honneur: deux films en compétition (Image Problem, de Simon Baumann et Andreas Pfiffner, The End of Time, de Peter Mettler), trois sur la Piazza (Nachtlärm, de Christoph Schaub, Das Missen Massaker, de Michael Steiner, et More Than Honey, de Markus Imhoof). La section Open Doors est consacrée à l’Afrique francophone subsaharienne.

La traditionnelle Rétrospective est dédiée à Otto Preminger. Histoire(s) du cinéma rend hommage à des grandes œuvres (Visconti, Johnnie To, Dino Risi…) A côté de cet effort patrimonial, on trouve un concours de courts métrages tournés avec un téléphone portable. «Locarno ambitionne d’être le festival du cinéma historique, mais aussi du cinéma de demain», dit Olivier Père. Il estime que le cinéma a entrepris une mutation, comparable à celle de la Nouvelle Vague, coïncidant avec la disparition de l’argentique, l’affranchissement des systèmes classiques de financement, la porosité grandissante entre fiction et documentaire. Il évoque Leviathan, un documentaire qui propose des images jamais vues, très excitantes obtenues avec des caméras fixées aux poissons et aux mouettes.

Mêlant exigence cinéphile et souci d’ouverture, Locarno c’est enfin un plateau de vedettes, accompagnant des films ou couvertes de prix honorifiques. Sont attendus: Charlotte Rampling, Alain Delon, Leos Carax, Valerie Bruni Tedeschi, Harry Belafonte, Vincent Lindon, Eric Cantonna, Renato Pozzetto, Ingrid Caven… Sans oublier Ornella Muti. Cette venue est forcément liée à «des émois adolescents (Flash Gordon), partagés par beaucoup d’hommes sur terre, mais aussi à une grande admiration pour l’œuvre de Ferreri (La dernière femme)». La mémoire et l’émotion. Le plaisir et la cinéphilie. Locarno.